É La biodiversité en Belgique
BIODIVERSIT
un aperçu

Préface
Colophon
La biodiversité alimente de plus en plus nos con-
versations, mais force est d'admettre que notre

I
T
É
connaissance de la faune et de la flore de notre
Rédaction: Marc Peeters, Marianne Schlesser, Arnaud Réveillon,
Anne Franklin, Claire Col in et Jackie Van Goethem, Point focal
pays est plutôt lacunaire. Seules 4% des espèces
national pour la Convention sur la diversité biologique.
présentes ont déjà fait l'objet d'études approfon-
dies. Il est dès lors urgent de se pencher sur les

Avec la participation active de: Etienne Branquart et Marc
S
96% restants.
Dufrêne (Centre de Recherche de la Nature, des Forêts et du
Bois), Ines Verleye (SPF Environnement), Luc De Bruyn et Valérie
Pour protéger durablement les quelques 55 000
Goethals (Instituut voor Natuurbehoud), Machteld Gryseels (Insti-
espèces d'animaux, de plantes, de champignons
tut Bruxellois pour la Gestion de l'Environnement), Willem De
Vos, Kareen Goldfeder et Jean-Sébastien Houziaux (Institut royal
et de micro-organismes qui vivent dans notre
des Sciences naturelles de Belgique), Francis Kerckhof et Jan
pays, il est essentiel de disposer de données
Haelters (Gestion de l'écosystème marin / Institut royal des
précises et détaillées. Des informations sur les
Sciences naturelles de Belgique), Els Martens (Ministerie van de
chaînes alimentaires, par exemple, s'avèrent
Vlaamse Gemeenschap).
indispensables. La disparition d'une seule espèce
E
RPhotos: Yves Adams, Benoît Bedin, Etienne Branquart, Kate est susceptible de compromettre la survie de
Grellier, Machteld Gryseels, Hans Henderickx, Thierry Hubin,
nombreuses autres. Sans cette information
Jeroen Mentens, Paul Naylor, Michel Pirnay, Daniel Tyteca, Jeroen
cruciale, les mesures adéquates ne pourront
Van Wichelen, Didier Vangeluwe, Rollin Verlinde, Raphaël Willame,
être prises et notre biodiversité se détériorera
Vincent Zintzen.
rapidement.
Conception et mise en page: Koloriet, Danni Elskens
Savez-vous que l'homme lui-même représente la
I
VImpression: Sofadi
plus grande menace pour la biodiversité? Notre
mode de vie met en péril la survie de plus de la

Cette brochure a été développée avec l'aide financière du SPF
moitié de nos espèces. Souhaitez-vous en savoir
Environnement, du SPP Politique scientifique et de l'Institut royal
des Sciences naturelles de Belgique.
davantage sur la diversité biologique de la Belgi-
que, les menaces qui pèsent sur elle, les mesures

DCitation suggérée: Peeters, M., Schlesser, M., Réveillon, A., adoptées pour la protéger et la contribution que
Franklin, A., Col in, Cl. & Van Goethem, J., 2006. La biodiversité en
vous pouvez y apporter? Alors plongez-vous dans
Belgique: un aperçu. Institut royal des Sciences naturelles de Belgi-
la lecture de cette brochure et parions que vous
que, Bruxelles, 20 pp.
aussi serez tentés de contribuer à la protection
Première impression, décembre 2004.
de notre vie animale et végétale.
Deuxième impression, janvier 2006.
© En citant la source, la reproduction des textes est autorisée et
I
Omême encouragée.
Bruno Tobback,
ISBN 90-73242-14-2
Ministre de l'Environnement et
Ministre des Pensions.
D/2006/0339/4
BNUR 922, 941, 942, 120
Marc Verwilghen,
Imprimé sur challenger silk: 100% recyclé, sans chlore et produit
Ministre de l'Économie, de l'Énergie,
de manière écologique.
du Commerce extérieur et de la Politique scientifique.
Couverture: putois (photo: R. Verlinde)
2

Préface
Qu'est-ce que la biodiversité ?
Biodiversité est le nom donné à l'extraordinaire
variété de la vie sur Terre et aux différentes
formes naturelles qu'elle prend ­ des algues
microscopiques aux mammifères et oiseaux qui
peuplent nos forêts. La biodiversité est plus que
la somme des animaux, des plantes, des champi-
gnons et des micro-organismes ­ elle inclut aussi
leur matériel génétique et les habitats* dans
lesquels ils vivent.

© T. Hubin
Le terme biodiversité vient de la contraction des deux mots
aussi l'environnement rural ou urbain. Un écosystème est
biologie et diversité. La biodiversité est souvent considérée
l'ensemble dynamique formé par les espèces et leur habi-
à trois niveaux:
tat.
· diversité des espèces: diversité de toutes les espèces, du
criquet au sanglier, en passant par la paramécie, le bolet
Combien d'espèces ?
ou encore le noisetier;
· diversité génétique: diversité des gènes* chez les animaux,
plantes, champignons et micro-organismes. Ainsi, les cani-
Environ 1,9 million d'espèces vivantes sont à l'heure actuelle
ches, les dalmatiens et les labradors sont tous des chiens,
répertoriées au niveau mondial. La recherche indique cepen-
mais la diversité génétique au sein de l'espèce chien leur
dant que beaucoup d'espèces ne sont pas encore connues.
donne une apparence très différente;
Les estimations varient entre 3 et 100 millions, avec une
· diversité des écosystèmes*: diversité de toutes les com-
estimation réaliste se situant autour de 15 millions. Chaque
munautés vivantes qui existent sur terre, telles que les
jour, les biologistes découvrent de nouvelles espèces, dont
forêts tropicales ou tempérées, les déserts, les marécages,
la plupart sont des insectes ou d'autres invertébrés.
les rivières, les montagnes ou les récifs coralliens, mais
R
.

V
erlinde

©

te
er

ette v
r
ain

3

d'écouter le chant des oiseaux et d'observer les animaux,
de voir les arbres changer de couleurs au fil des saisons. De
I
T
ÉLa biodiversité est-elle importante ? nombreuses familles font des promenades hebdomadaires
Nous savons depuis longtemps que la biodiversité ne sert
dans la nature, l'écotourisme est à la mode depuis quelques
pas seulement de cadre aux promenades dominicales, mais
années et beaucoup de gens ont besoin de la nature comme
il n'est pas inutile de rappeler la multitude de produits et
relaxant ou pour trouver un équilibre.
Sservices qu'elle nous fournit.
La biodiversité joue donc un rôle important dans pratique-
Les produits de la biodiversité sont essentiels à bien des
ment tous les aspects de notre vie, qu'il s'agisse de l'alimen-
niveaux de notre vie quotidienne: l'air que nous respirons
tation, la santé, l'économie, les transports, la construction,
et la nourriture que nous consommons, la production de
l'éducation, la culture ou les loisirs.
notre énergie et la construction de nos maisons, mais aussi
la matière première de nos médicaments traditionnels et
modernes. La biodiversité nous rend également de nom-
Les termes accompagnés d'un astérisque sont définis à la page 19.
breux services souvent invisibles à nos yeux: filtrage de
E
Rl'eau, production d'oxygène, fertilisation des sols, atténua-
tion des changements climatiques et des risques d'inonda-
tion, pollinisation des arbres fruitiers, etc.
La liste complète des bienfaits que la biodiversité nous pro-
cure est trop longue pour être énumérée, mais ces exemples
révèlent que les interactions entre les processus naturels
forment un réseau très complexe. Si un de ses composants
ne fonctionne pas bien ou disparaît, les autres en seront
Bois de Hal © Y. Adams
I
Vimmédiatement affectés. L'homme est malheureusement le
principal responsable des dysfonctionnements observés.
DLa biodiversité est aussi tout simplement belle, distrayan-
te, exaltante! Quelle joie d'admirer et de sentir les fleurs,
I
O
B
bourdon terrestre © T. Hubin
© T. Hubin
4

La Belgique, un plat pays...
qui a du relief !
La Belgique s'étend sur 33 990 km², dont
Chacune de ces zones possède en outre une multitude
30 528 km² de terre et 3 462 km² situés en Mer
d'éléments paysagers, naturels (rivières, dunes, collines, val-
du Nord. À une si petite surface territoriale
lées,...) ou créés par l'homme (prés, haies, étangs,...), menant
correspond pourtant une grande diversité de
à une grande diversité d'habitats pour la faune et la flore.
paysages qui provient d'une combinaison unique
entre les caractéristiques naturelles (sol, relief et

Certains phénomènes locaux augmentent également la di-
climat) et l'utilisation du sol très intense.
versité des habitats. Ainsi, la Lorraine belge est également
appelée la Provence belge en raison de ses coteaux orientés
vers le sud, où l'on trouve fréquemment des espèces nor-
À la fin de la dernière période glaciaire, il y a un peu plus
malement plus méridionales.
de 10 000 ans, la steppe qui recouvrait la Belgique se trans-
forma en forêt presque continue. Les activités agricoles, qui
La Belgique bénéficie d'un climat modéré doté d'une influen-
débutèrent il y a 7 500 ans, déboisèrent et mirent en culture
ce maritime. Les températures et précipitations moyennes
certaines régions, et ce jusqu'au dix-neuvième siècle. Sur le
annuelles à Uccle, où est situé l'Institut Royal Météorolo-
plan biologique, cette déforestation modérée a mené à une
gique, s'élèvent actuellement à 9,8°C et 802 mm. Dans les
plus grande diversité d'habitats* pour la faune et la flore.
Hautes Fagnes, au sud-est du pays, règne un climat conti-
La révolution industrielle a cependant radicalement modi-
nental caractérisé par des étés plus chauds et des hivers
fié le paysage: les villes et les industries se sont fortement
plus rigoureux.
développées et l'agriculture s'est intensifiée au détriment
de la nature.
Le relief et l'utilisation actuelle des terres en Belgique per-
mettent de délimiter trois grandes zones:
· au nord, la Basse Belgique est plate et en majeure partie
sablonneuse; l'agriculture et l'élevage y prédominent;
· au centre du pays, la Moyenne Belgique est vallonnée
et ses sols sont essentiellement limoneux; elle abrite
principalement à l'ouest et autour des grandes villes, de
nombreuses industries, et dans une moindre mesure de
l'agriculture;
· au sud, la Haute Belgique présente un relief accidenté
caractérisé par des hauts plateaux entrecoupés de val-
guêpier d'Europe © D. Vangeluwe
lées profondes, et les sols sont rocheux ou altérés; elle
est dominée par
Lors de cette dernière décennie, la Belgique semble subir
la sylviculture et
les effets du réchauffement climatique, et voit apparaître
une agriculture
de nombreuses espèces méridionales. Plus loin dans cette
moins intensive.
brochure, nous expliquerons pourquoi ces espèces ne cons-
tituent pas nécessairement un enrichissement de la biodi-
versité.
Y
.

Adams


©

© T. Hubin
5

Les animaux

I
T
ÉLes données sur les différents groupes d'animaux
sont souvent incomplètes, fragmentées ou tout
simplement indisponibles. Un examen approfon-


di a révélé qu'environ 22 800 espèces animales

sont déjà répertoriées en Belgique.



Avant la parution du livre Biodiversity in Belgium, en 2003, il

n'existait pas d'inventaire détaillé de la faune belge. Con-

coccinelle asiatique multicolore © R. Verlinde
Strairement aux pays voisins, il n'y a pas en Belgique de pé-
riodique spécifique sur ce sujet. Afin d'estimer le nombre

d'espèces qui n'ont pas encore été identifiées en Belgique,

les chercheurs ont considéré les espèces présentes dans les
D'autres groupes sont peu étudiés au niveau européen
habitats* similaires des pays voisins. Ils y ont trouvé environ
ou mondial et pas du tout en Belgique, comme les poux
12 000 espèces susceptibles d'être aussi présentes en Belgi-
broyeurs, les symphyles ou les tanaidacés. Ces groupes sont
E
Rque en plus des 22 800 déjà répertoriées. Il s'agit principa- difficiles à observer en raison de leur taille réduite, de leur
mode de vie (parasitaire ou autre) ou de leurs habitats peu
accessibles (p.ex. cavités souterraines).
Entre ces deux extrêmes se situent les groupes qui ont été
étudiés brièvement par le passé. Les plécoptères, étudiés
dans les années `50, et les trichoptères, dans les années `80,
I
V
en sont des exemples laissés sans suite.
Il faut toutefois garder à l'esprit que ces animaux moins
populaires jouent un rôle aussi important que les autres
espèces dans le fonctionnement des écosystèmes*.
D
Entre un tiers et la moitié des espèces animales sont me-
nacées en Belgique. Des espèces comme le grand dauphin,
le bruant ortolan, l'esturgeon, le crapaud sonneur à ventre
jaune et le criquet migrateur européen ont disparu au cours
pseudoscorpion de tourbière © H. Henderickx
des dernières décennies. Beaucoup d'autres, comme la lou-
tre, la rainette verte, la sauterelle à sabre et le papillon azuré
I
Olement d'insectes, de vers et de parasites. Ceci porterait le des mouillères semblent condamnées au même destin.
nombre d'espèces animales potentiellement présentes chez
nous à près de 35 000. Plus d'un tiers de la faune belge
Les raisons principales de ce déclin sont la destruction et
serait donc inconnu à ce jour. L'attention scientifique très
la fragmentation* des habitats, la pollution et l'eutrophisa-
inégale portée aux différents groupes d'animaux peut expli-
tion*, les changements climatiques, les espèces exotiques*
Bquer cet état de fait.
envahissantes, et les perturbations dues aux loisirs et au
tourisme.
Certains groupes sont populaires, tels les mammifères,
oiseaux, carabes, coccinelles, papillons et libellules, pour les-
Le plus souvent, une espèce régresse ou disparaît lorsque
quels observateurs et experts se bousculent. Cette popula-
plusieurs de ces facteurs sont combinés. La fragmentation
rité est principalement due à leur aspect attrayant et à leur
des habitats, par exemple, diminue la taille des populations*
facilité d'observation.

6

animaux
espèces observées
total des espèces
espèces décrites
total des espèces at-
en Belgique
attendues en Belgique
mondialement
tendues mondialement
éponges, coelentérés, ...
77
250
17 500
23 000
vers plats
670
1 500
39 000
63 000
nématodes
545
2 500
25 000
1 000 000
annélides
330
600
16 000
26 000
autres vers
81
240
4 500
5 500
araignées et acariens
1 713
2 000
76 500
550 000
insectes
17 295
25 000
1 050 000
8 000 000
mille-pattes et apparentés
97
160
14 000
84 000
crustacés
774
1 250
55 000
172 000
mollusques
311
370
108 000
210 000
autres invertébrés (rotifères, tardigrades,
429
1 300
18 500
35 000
échinodermes, ...)
vertébrés
449
460
55 000
81 000

et les rend plus vulnérables. Suivie par des perturbations lo-
cales ou des épidémies, elle peut entraîner leur disparition.
Les protozoaires
helen

Wic

J.

V
an


©

Les protozoaires sont des êtres
cilié
vivants constitués d'une seule
cellule. Comme leur nom le sous-entend, ils sont consi-
dérés comme les précurseurs des animaux. La taille des
protozoaires ne dépasse guère quelques centièmes de
millimètre. Ils se déplacent à l'aide de flagelles, cils ou
pseudopodes, et se laissent emporter par les courants
de l'eau ou de l'air. Un gramme de terre peut contenir de
1 000 à 500 000 protozoaires.
La présence d'un noyau contenant le matériel génétique
(ADN*) les différencie des bactéries chez qui l'ADN appa-
raît librement dans la cellule. Quelques 40 000 espèces
de protozoaires ont été décrites, mais les scientifiques
pensent que ceci n'est qu'une fraction infime du nombre
crapaud sonneur à ventre jaune © R. Verlinde
réel.
Par ailleurs, des espèces issues de la faune naturelle d'autres
En Belgique, seules quelques centaines d'espèces sont
régions du monde font régulièrement leur apparition chez
étudiées, le plus souvent parce qu'elles présentent une
importance médicale, vétérinaire, pharmaceutique ou
nous. Le rat musqué, la perruche à collier, la tortue de Flo-
économique. Les acanthamibes par exemple sont des
ride, la grenouille taureau et la coccinelle asiatique multico-
vecteurs de la méningite et peuvent se trouver dans
lore en sont des exemples bien connus. À première vue ces
l'eau chauffée (piscines) ou dans les environnements
espèces exotiques semblent enrichir notre faune, et pour-
pollués.
tant elles peuvent constituer une menace pour la biodiver-
Les amibes à coque et les ciliés sont des exemples de
sité lorsqu'elles entrent en compétition avec les espèces
groupes étudiés récemment en Belgique. Les publica-
sauvages indigènes*. Certaines espèces peuvent devenir de
tions sur les héliozoaires et foraminifères sont, elles, an-
vrais ravageurs et causer d'importants dommages à l'agri-
térieures à 1950. La plupart des espèces de protozoaires
culture, à l'horticulture, aux arbres et aux berges. D'autres
vivant en Belgique restent cependant inconnues, ce qui
peuvent même constituer une menace sanitaire, s'il s'agit de
rend une estimation de leur nombre impossible.
parasites par exemple.
7

Les plantes et les champignons
La connaissance des différents groupes varie fortement.
Seuls les plantes à fleurs (= angiospermes), les conifères, les
I
T
ÉEn 2003, pour la première fois depuis 100 ans, un
inventaire détaillé des groupes de plantes, algues
et champignons présents en Belgique a été

fougères et, dans une moindre mesure, les mousses et les
dressé. Celui-ci a révélé qu'un peu plus de 13 500
lichens, sont étudiés de façon approfondie.
espèces sont répertoriées.
Les autres groupes sont peu, voire pas du tout étudiés dans
SPar ailleurs, 3 500 à 5 000 espèces additionnelles seraient notre pays. Le manque de connaissance est surtout frap-
présentes en Belgique sans y avoir encore été observées,
pant lorsqu'il s'agit du phytoplancton* marin, ainsi que de
ces estimations étant déduites des observations faites dans
nombreux groupes d'algues et de champignons. Les espèces
les pays voisins. Notre flore totalise donc environ 17 000 à
de ces groupes jouent pourtant un rôle essentiel dans les
18 500 espèces de plantes, algues et champignons, dont 20 à
chaînes alimentaires et les processus naturels tels que la
25% n'auraient pas encore été répertoriées.
formation de l'humus.
E
R
I
V
D
I
O
B
pholiote changeante © R. Verlinde
botryche © Y. Adams
8

Les plantes et les champignons
lichen © T. Hubin
orchis tacheté © D. Tyteca
En Belgique, les principales menaces pour les plantes, algues
et champignons sont la destruction et la fragmentation*
des habitats*, le drainage, l'agriculture intensive, les espèces
exotiques* envahissantes et la pollution du sol et de l'air.
Comme chez les animaux, entre un tiers et la moitié des
espèces de plantes et champignons sont menacées. Des es-
pèces telles que le lycopode à trois épis, l'orchis des marais,
le petit botryche et la violette à feuilles de pêcher ont déjà
disparu de Belgique. D'autres, comme la prèle panachée,
l'orchis musc, le silène de nuit et la cicendie filiforme sont
en voie de disparition.
berce du Caucase © B. Bedin - INPLANBEL
L'introduction et la dispersion d'espèces exotiques comme
plantes
espèces
total des
espèces
observées
espèces
décrites
la renouée du Japon, la berce du Caucase, le cerisier tardif, le
en Belgique
attendues
mondiale-
séneçon du Cap, l'élodée du Canada et bien d'autres cons-
en Belgique
ment
tituent un vrai problème. Elles peuvent entrer en compéti-
myxomycètes
400
550
1 850
tion avec les espèces indigènes* et les menacer. En Flandre
euglènes
400
400
930
par exemple, la liste des espèces exotiques répertoriées
algues rouges
53
68
5 500
est presque aussi longue que la liste des espèces indigènes.
dinoflagellés
200
> 250
4 000
chrysophycées
194
194
990
Certes, ces espèces introduites ne forment pas toutes une
diatomées
1 600
2 600
12 000
menace, mais leur nombre donne une indication de l'am-
algues brunes
29
41
1 700
pleur du phénomène.
algues vertes
< 900
950
12 000
zygnématophycées
< 740
750
4 600
autres groupes
311
347
1 900
Les bactéries et algues
d'algues
bleues
hépatiques et antho-
176
190
5 600


Willame
R.

cérotes

©

mousses
557
577
9 500
Environ 6 000 espèces de bac-
téries
sont connues à travers le
pteridophytes
60
65
11 000
monde mais les experts pensent
conifères
2
2-3
630
qu'elles ne constituent qu'un cen-
angiospermes
1 350
> 1 400
230 000
tième du nombre total. Les bac-
téries forment la base de multiples chaînes alimentaires.
algue bleue filiforme
Elles sont présentes dans tous les habitats et vivent
parfois à l'intérieur d'organismes de façon bénéfique ou
champignons
espèces
total des
espèces
pathogène. Nous ne connaissons rien de la diversité bac-
observées
espèces
décrites
térienne de notre pays. Seules quelques espèces ayant
en Belgique
attendues
mondiale-
une importance médicale, vétérinaire, pharmaceutique ou
en Belgique
ment
économique sont étudiées.
champignons aqua-
57
150
900
tiques
Des 2 000 espèces d'algues bleues connues mondiale-
zygomycètes
< 400
1 100
ment, environ 300 ont été recensées en Belgique. Les
ascomycètes
> 2 000
2 700
19 300
recherches sur ces groupes sont limitées, et à l'heure
actuelle seuls quelques sols humides et mares polluées,
lichens
977
1 000
13 500
ainsi que certaines parties de la mer du Nord, ont été
basidiomycètes
2 910
3 200
20 400
étudiés. Une recherche plus approfondie permettrait de
rouilles
250
400
8 000
répertorier davantage d'espèces dans notre pays. Malgré
le manque de données, plusieurs scientifiques signalent
charbons
55
100
1 500
que les algues bleues seraient menacées, principalement
champignons
> 250
< 2 500
16 200
à cause des activités humaines.
imparfaits
9

Les écosystèmes
Forêt de Soignes © R. Verlinde

Natura 2000

I
T
ÉLes principaux écosystèmes* en Belgique sont
les forêts de feuillus et de conifères, les pelouses
et les prairies, les landes et les dunes, les tourbiè-
res et les marécages, les lacs et les rivières, sans

En 1992, l'Union européenne a lancé le projet Natura 2000*
oublier l'écosystème marin en mer du Nord.
afin de constituer un réseau écologique de zones naturelles
et semi-naturelles.
SLa distribution de ces écosystèmes varie en fonction des Les zones Natura 2000 n'ont pas le statut de conserva-
régions. Ainsi, près de 80% des forêts belges se situent en
tion stricte des réserves naturelles et forestières.
Wallonie, où environ un tiers du territoire est sous couvert
Un accord de gestion est établi avec leurs
forestier. En région bruxelloise, les surfaces forestières sont

de taille plus modeste mais jouent un rôle capital de `pou-

mon vert', grâce notamment à la Forêt de Soignes située en
périphérie. Le nord du pays est, quant à lui, riche en prairies
et terres arables, landes à bruyères et dunes.
E
RDepuis 1943, des réserves naturelles et forestières sont dé-
limitées afin de protéger ces écosystèmes et des réglemen-

tations strictes de protection de la nature y sont en vigueur.

D'autres statuts de protection existent aussi: les parcs na-

turels comme celui des Hautes Fagnes-Eifel, les cavités sou-

terraines d'intérêt scientifique comme les grottes de Bohon

I
Và Durbuy, et les zones humides d'intérêt international (sites
Ramsar*) comme les Bancs flamands en mer du Nord, le

Zwin et les marais d'Harchies.
propriétaires et certaines activités
économiques, sociales, culturelles ou
Malgré tous ces efforts de conservation, les pressions sur
de loisir sont autorisées, à l'exception
Dla nature sont telles que les surfaces protégées s'avèrent de celles qui sont néfastes pour la nature et la bio-
insuffisantes. Il faut en effet tenir compte de l'agriculture,
diversité. Cette approche permet à de plus grandes zones
du logement, de l'industrie, des transports et des loisirs. À
naturelles ou semi-naturelles d'êtres dotées d'une certaine
peine 1,1% du territoire belge est actuellement désigné en
protection.
réserve naturelle et forestière.
Natura 2000 s'appuie sur deux directives européennes:
· la Directive Oiseaux (1979) protège toutes les espèces
I
O
d'oiseaux sauvages ainsi que leurs aires de reproduction,
nourrissage et hivernage dans l'Union européenne;
territoire (ha)
réserves naturelles et forestières
Natura 2000 (1)
surface (ha)
% du territoire
surface (ha)
% du territoire
B Bruxelles 16 200 240 1,5% 2 321 14,3%
Flandre
1 352 200
28 058
2,1%
188 289 (2)
13,9%
Wallonie
1 684 400
9 781
0,6%
220 828
13,1%
mer du Nord
346 200
-
0%
18 120
5,2%
Total
3 399 000
38 079
1,1%
429 558
12,6%
(1) les réserves naturelles et forestières sont souvent reprises entièrement ou partiellement dans les zones Natura 2000.
(2) le Réseau Ecologique Flamand est inclus.

10

un marais dans la lande de Kalmthout © Y. Adams
rossolis à feuilles rondes © M. Pirnay
· la Directive Habitats* (1992) protège les aires naturelles
importantes pour la conservation de la faune et de la
flore sauvages. Il s'agit principalement d'habitats et d'es-
pèces vulnérables, menacés ou rares.
Certains habitats devenus rares dans l'Union européenne
doivent être protégés prioritairement. En Belgique, il s'agit
entre autres de:
· dunes côtières avec plantes à fleurs, mousses et lichens
ou avec landes;
· pelouses calcaires sur sols rocheux ou sablonneux;
· pelouses arides sur collines pauvres en nutriments;
· tourbières boisées;
· tourbières hautes et actives (ce sont des mares et marais
où la végétation est transformée en tourbe);
· marais calcaires à marisque;
· forêts de pentes constituées d'espèces comme l'érable
sycomore, le frêne, l'orme et le tilleul à petites feuilles.
marisque © Y. Adams
La plupart des réserves naturelles et forestières sont inté-
grées dans les zones Natura 2000, tout en gardant bien évi-
demment leur statut de protection plus strict. En plus d'un
site Ramsar, la partie belge de la mer du Nord comporte
également un site Natura 2000 de 18 120 ha.
A l'heure actuelle, plus de 12% du territoire belge est pro-
tégé sous Natura 2000 et pas moins de 59 types d'habitats
sont inclus (voir carte). En comparaison avec les réserves
naturelles et forestières, l'approche plus flexible de Natura
2000 permet d'augmenter considérablement la surface to-
tale protégée en Belgique.
dunes couvertes de végétation © Y. Adams
11

La mer du Nord
grand dauphin © K. Grellier
I
T
ÉEn dépit de l'engagement de longue date de la
Belgique dans les sciences marines, c'est seu-
lement dans les années 1970 qu'une véritable
dynamique a été mise en place pour l'étude
de notre espace maritime. Cet effort a permis
d'améliorer considérablement notre connaissan-

permettent le développement de communautés riches et di-
Sce de la biodiversité marine. Elle reste cepen- versifiées et abritent notamment des macro-algues, des ané-
dant fragmentaire, ce qui constitue un obstacle
mones de mer ainsi que de nombreuses espèces de crustacés
sérieux pour la mise en place de mesures de
et mollusques. Ces communautés sont typiques des fonds
protection adéquates.
rocheux et certaines d'entre elles ne pourraient subsister
dans notre espace maritime sans ces structures artificielles.
La partie belge de la mer du Nord s'étend sur une surface
Notre zone côtière est importante pour l'alimentation et la
de 3 462 km2. Sa profondeur moyenne est de 20 m avec un
reproduction de nombreux poissons et oiseaux marins. En
maximum à 45 m, et elle borde notre côte sur une distance
particulier la partie ouest de la côte, qui est bien étudiée,
E
Rde 65,5 km. Notre espace maritime abrite différents systè- abrite une grande diversité d'habitats et d'animaux benthi-
mes de bancs de sable caractéristiques de la baie sud de la
ques (= vivants au fond de la mer). Les zones côtières sont
mer du Nord, dont certains sont émergés à marée basse. La
biologiquement plus productives que les eaux du large, mais
côte abritait jadis des zones d'estuaires* et des prés salés
el es sont également les plus exposées à la pression des ac-
très étendus, qui ont pratiquement disparu (à l'exception du
tivités humaines, qui ont des impacts directs et indirects sur
Zwin et de l'estuaire de l'Yzer).
la biodiversité.
I
VLes fonds marins sont essentiellement constitués de sable La pêche industrielle a un impact considérable non seulement
et, par endroits, de vase. Les vers, crustacés et bivalves qui
sur les espèces commerciales, mais également sur d'autres
les peuplent sont typiques des fonds meubles de faible pro-
espèces capturées en même temps. Les stocks de poissons
fondeur. À grande profondeur, on trouve des substrats durs
tels que le cabillaud, la sole ou la plie diminuent de manière
naturels constitués de graviers et de pierres éparses. Ils sont
très préoccupante. Les chaluts qui labourent les fonds marins
Dméconnus du point de vue de leur biodiversité, bien que des détruisent certains habitats sensibles et leur faune caracté-
études dans des habitats* similaires hors de nos frontières
ristique, modifiant ainsi durablement les équilibres naturels.
aient déjà montré leur richesse et leur diversité.
À cette pression majeure s'ajoutent entre autres la pollution,
l'eutrophisation*, l'extraction de sables et graviers, l'appari-
tion d'espèces exotiques* envahissantes et le tourisme.
Le grand dauphin, l'esturgeon, le bigorneau perceur et l'huî-
I
O
tre plate ont disparu de notre zone maritime. D'autres ani-
maux, tels que les requins et les raies, sont comme partout
ailleurs gravement menacés. A l'opposé, de nombreuses
espèces exotiques tels le couteau américain, la balane de
Nouvelle-Zélande et l'huître japonaise s'implantent et proli-
fèrent aux dépens des espèces indigènes*.
étrille commune © V. Zintzen
B
Une coordination rationnelle des activités humaines, basée
sur une bonne compréhension du fonctionnement de l'éco-
De très nombreux substrats durs artificiels tels que les bri-
système, est donc d'une importance capitale pour maintenir
se-lames, digues, infrastructures portuaires, bouées, épaves
la mer du Nord en bonne santé et assurer la pérennité de
et bientôt champs d'éoliennes sont également présents. Ils
ses ressources.
12

La Flandre
Leiemeersen © Y. Adams
Les habitats* les plus importants pour la biodi-
cette pression exercée sur la nature et les espaces ouverts,
versité en Flandre sont les dunes et les landes, les
la biodiversité en Flandre est assez riche.
marais, marécages et autres zones humides, les
pelouses calcaires, les forêts et les cours d'eau.

On compte ainsi 60 espèces de mammifères, 159 espèces
d'oiseaux nicheurs, 19 espèces d'amphibiens et reptiles,
La plupart de ces habitats sont protégés par Natura 2000*
64 espèces de papillons diurnes, 604 espèces d'araignées,
(voir p. 10 et 11) et le Réseau Ecologique Flamand, le Décret
1 416 espèces de plantes supérieures, 550 espèces de
Nature, le Décret Forêt et la Directive Eau. En plus d'une
champignons et plus de 800 espèces de mousses et lichens.
meilleure surveillance de l'application des mesures existan-
tes, il est urgent de mettre en place des protections com-

plémentaires, telles que la délimitation de zones tampons

autour des espaces vulnérables, la restauration des zones


polluées ou autrement perturbées et la protection de zones

plus grandes et plus nombreuses.



La Flandre bénéficie d'un climat maritime modéré. Son relief


est principalement plat à l'exception de quelques vallées et

collines. Son sol est sablonneux, avec quelques zones argi-

leuses et une proportion croissante de limon vers l'inté-


rieur des terres. Derrière la zone côtière formée par la mer,


la plage et les dunes, se trouve une ceinture de polders plats
et fertiles. La plaine flamande se situe entre ces polders, la
Le phoque commun, la sterne pierregarin, la rainette verte
Lys et l'Escaut. La Campine, plus à l'est, est caractérisée par
et le damier du plantain sont des exemples d'espèces ra-
des forêts de pins, des prés et des landes. Au sud s'étendent
res et caractéristiques de la Flandre. Au niveau européen, la
des plateaux argileux fertiles et la Forêt de Soignes.
Flandre constitue un lieu d'hivernage important pour beau-
coup d'oiseaux aquatiques.
Plus de deux tiers du territoire flamand est utilisé pour
l'élevage, l'agriculture et l'horticulture. Un quart du terri-
Environ 7,5% des espèces qui peuplaient jadis la Flandre
toire est recouvert de routes et de constructions. Malgré
sont considérées comme disparues depuis 1980 et 30%
sont actuellement vulnérables ou menacées. Les papillons
diurnes sont particulièrement touchés. Leur nombre est en
baisse depuis 1900 et leur déclin s'est accéléré depuis 1950.
Actuellement, un quart des espèces indigènes* de papillons
diurnes a disparu et un tiers est menacé.
Les menaces principales pour la biodiversité en Flandre sont
l'apport excessif de fumier (surchargeant l'environnement
d'éléments comme l'azote), l'acidification (principalement
via la pollution de l'air), le dessèchement (par le pompage
d'eau souterraine), la pollution (par les métaux lourds et
pesticides), la fragmentation* des habitats et les espèces
exotiques* envahissantes.
De plus amples informations sur la biodiversité en Flandre
sont disponibles dans les rapports sur la nature de 1999,
damier du plantain © J. Mentens
2001 et 2003 (voir www.nara.be).
13

Bruxelles
écureuil de Corée © R. Verlinde
19 espèces de chauves-souris présentes en Belgique et un
millier d'espèces de champignons, principalement en Forêt
I
T
ÉLes grandes villes et leur périphérie recèlent
souvent une biodiversité inattendue. La région
de Bruxelles Capitale en est un exemple remar-

de Soignes.
quable.
Le territoire bruxellois ne se présente pas comme un pay-
La région de Bruxelles Capitale se distingue des autres ré-
sage urbain uniforme, mais se compose de quatre zones: la
Sgions par sa superficie restreinte, sa population élevée, l'im- ville et son infrastructure, les zones boisées, quelques es-
portance de l'urbanisation, l'intensité des activités écono-
paces ruraux qui ont subsisté en périphérie et les zones
miques et la densité des infrastructures. Grâce à la diversité
humides. En dépit de l'urbanisation élevée, la moitié de la
de son milieu (sol, relief, etc.) et à la combinaison des forêts,
surface de Bruxelles n'est pas bâtie et consiste en une mo-
des milieux naturels, des parcs, des étangs, des espaces verts
saïque d'espaces verts privés ou publics tels que les jardins,
et des espaces ouverts tels que les terrains désaffectés,
les bois, les accotements de chemins de fer et les terrains
Bruxelles englobe une grande diversité d'écosystèmes* ainsi
en friche. Les sites de haut et même très haut intérêt biolo-
que de nombreux domaines de grande valeur biologique.
gique représentent presque la moitié de ces espaces verts,
jardins non compris.
E
RLa capitale recèle ainsi une flore et une faune d'une grande
richesse, loin d'être banale. Ainsi, Bruxelles compte 17 des
Environ 2 400 ha d'espaces verts, représentant 14% du
territoire bruxellois, bénéficient d'un statut de protection
Natura 2000* (voir p.10 et 11). Une particularité de Bruxel-
les est aussi le développement d'un maillage vert et d'un
maillage bleu. Le premier vise à construire progressivement
un réseau d'espaces verts en ville et à rééquilibrer leur ré-
yseels
Gr

partition spatiale par la création de nouveaux espaces et de
M.

©

liens de verdure. Le second a pour but d'établir un réseau
el
aussi continu que possible d'eaux de surface et d'en amé-
e
wink

V
err

I
V
liorer la qualité.
bois de
D
Les loisirs exercent une pression élevée et croissante sur la
biodiversité des espaces verts dans les zones très urbani-
sées. Les espèces exotiques* envahissantes constituent aus-
si un problème important, conséquence de l'augmentation
des possibilités de transport, de contacts et d'échange.
Vous trouverez plus de renseignements sur la biodiversité à
I
O
Bruxelles sur www.ibgebim.be (cliquez sur Espaces verts).
espèces
espèces
espèces
espèces
espèces
espèces en
espèces disparues
espèces
indigènes
exotiques
menacées
vulnérables
régression
(depuis 1950)
protégées
B mammifères 42 39 3 7 11 2 toutes
oiseaux
99
90
9
14
18
12
15-20
toutes
amphibiens
7
6
1
1
5
3-4
toutes
reptiles
4
3
1
1
1
2
toutes
plantes supérieures
730
580
150
65
62
187
14
mousses
223
223
49
67
40
1
14

La Wallonie
grande limace noirâitre © E. Branquart
La Wallonie présente une grande diversité de
Beaucoup d'organismes sont malheureusement en situation
conditions écologiques et climatiques. Les sols
défavorable: selon le groupe considéré, de 25 à 75% des
limoneux au nord du sillon Sambro-Mosan sont
espèces doivent aujourd'hui faire face à une réduction dras-
essentiellement consacrés aux grandes cultures,
tique de leurs effectifs. Celles-ci sont particulièrement me-
alors que la partie méridionale de la Wallonie
nacées par l'altération, la fragmentation* et la disparition de
est caractérisée par un relief plus accusé et une
leur habitat ainsi que par la pollution (et l'eutrophisation*)
forte couverture forestière.
du sol et de l'eau, auxquelles viennent s'ajouter de nouvelles
menaces comme les changements climatiques et le dévelop-
pement d'espèces exotiques* envahissantes.
La Wallonie est caractérisée par
la présence d'un grand nombre de
Dans le futur, gageons que la mise en place d'un partenariat
formations forestières et d'habitats*
entre les principaux acteurs de l'espace rural permettra de
ouverts semi-naturels de grande
freiner l'érosion de cette biodiversité, grâce à l'adoption de
valeur biologique, souvent hérités
pratiques de gestion plus respectueuses de l'environnement,
d'anciennes pratiques agro-pastora-
la mise en place du réseau Natura 2000* et la restauration
les, tels que pelouses sèches, landes à
d'habitats sensibles dégradés.
bruyère, marais et prés de fauche.
Plus d'information sur la biodiversité en Wallonie sur mrw.
Deux régions bio-géographiques se
wallonie.be/dgrne/sibw ou environnement.wallonie.be/eew.
distinguent particulièrement au tra-
vers de leurs caractéristiques clima-
tiques, leur forte intégrité écologique
et leur grande valeur paysagère. Mar-
qués par une nette influence nordi-
que et une pluviosité très élevée, les
plateaux de Haute-Ardenne recèlent
de grandes surfaces de prés humides,
vallée de la Helle © E. Branquart
de tourbières et de landes à bruyère.
L'ensemble formé par la dépression de la Fagne-Famenne et
ses collines calcaires héberge une végétation beaucoup plus
thermophile (= qui aime la chaleur) dominée par des chê-
naies, des pelouses sèches et des prés de fauche de grande
valeur patrimoniale.
À cette diversité de conditions écologiques correspond une
grande diversité biologique, avec notamment 67 espèces de
mammifères, 161 espèces d'oiseaux nicheurs, 22 espèces
d'amphibiens et reptiles, 98 espèces de papillons de jour,
62 espèces de libellules et 45 espèces d'orchidées. Parmi
celles-ci figurent toute une série d'espèces emblématiques,
rares ou menacées en Europe telles que le grand hamster,
la cigogne noire, le pic mar, la gorgebleue à miroir, le ves-
pertilion des marais, le triton crêté, le lézard des souches,
le damier de la succise, la moule perlière ou encore l'orchis
phalangère à fleurs de lis
© E. Branquart
des sphaignes.
tétras lyre © R. Verlinde
15

Chacun doit agir
Les divers secteurs de notre société doivent d'urgence
consacrer plus d'attention à cette biodiversité, et en pren-
I
T
ÉLa nécessité de passer à l'acte afin de freiner
l'impact des activités humaines sur l'état écolo-
gique de notre planète est reconnue mondiale-

dre soin. Sa conservation devrait être prise en compte par
ment. Les engagements écologiques de tous re-
l'agriculture, la pêche, l'économie, le commerce, le trans-
présentent un investissement positif sur le long
port, l'enseignement, le tourisme, les affaires étrangères,
terme, garant d'un développement durable*.
etc.
S
Les îlots de nature tels que les réserves naturelles ont
peu de sens lorsqu'ils sont entourés d'un monde pollué
Au niveau international
et oppressant. Il est impératif d'évoluer vers des modes
de production, de consommation, d'utilisation du sol et de
mobilité durables et favorables à la nature. L'enseignement
Lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro,
devrait y dédier plus d'attention à tous les niveaux afin de
en 1992, nos dirigeants se sont mis d'accord sur
persuader les jeunes de l'importance de la nature, de la
une stratégie globale pour un développement
biodiversité et de leur gestion durable.
E
R durable - qui, tout en répondant à nos besoins
actuels, laisse aux générations futures un monde viable et
prospère. La Convention sur la diversité biologique
Nous sommes tous concernés
est l'un des accords-clés adoptés à Rio. Ce traité, conclu
par presque tous les pays du monde, s'engage à maintenir
l'équilibre écologique planétaire tout en favorisant le déve-
Notre mode de vie a un très grand impact sur la biodiver-
loppement économique. La Convention fixe trois objectifs
sité. Une famille se débarrasse en moyenne chaque année
I
Vprincipaux: (1) la conservation de la diversité biologique, de l'équivalent en papier d'environ six arbres. Un quart
(2) l'utilisation durable de ses éléments, et (3) le partage
de l'émission de dioxines est causée par les petits feux
juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation
dans les jardins. Additionnés, nos choix quotidiens ont un
des richesses biologiques.
impact très élevé sur l'environnement. Il faut penser aux
conséquences de nos actes avant de les mettre en oeuvre.
D Dix ans plus tard, au sommet mon-
dial de Johannesburg, les pays se sont
Les différentes sonnettes d'alarmes qui retentissent telles
engagés à atteindre l'Objectif 2010.
qu'extinctions des espèces, changements climatiques, raré-
Celui-ci a pour but de freiner l'ex-
faction de l'eau potable, pollution de l'air provoquant une
tinction des espèces d'ici à 2010 au niveau mondial, afin
augmentation des maladies chez les enfants et les person-
notamment de combattre la pauvreté. L'Europe va plus
loin dans cet engagement et souhaite arrêter la perte de
I
Obiodiversité sur son territoire d'ici à cette date.
En Belgique
BDans notre pays, beaucoup d'initiatives sont prises en faveur
de la nature et de l'environnement. La législation est éten-
due, la construction d'un réseau de zones protégées est en
cours (Natura 2000*), le tri des déchets et le recyclage re-
çoivent une attention accrue. Il est pourtant nécessaire de
© Y. Adams
faire beaucoup plus pour la protection de la biodiversité.
16

de faire le choix de la protection de la biodiversité. Espé-
rons que nos enfants et petits-enfants auront eux aussi
encore ce choix.
Nous cohabitons sur Terre avec des millions d'autres es-
pèces d'animaux, de plantes, de champignons et de micro-
organismes. Essayons de vivre en harmonie avec elles et de
les préserver. Les choix favorables à l'environnement, com-
me l'utilisation parcimonieuse de l'eau, de l'énergie et de la
étang de jardin © Y. Adams
voiture, sont déjà une aide sérieuse pour la biodiversité, et
présentent souvent l'avantage d'être économiques. La clé
nes âgées, doivent nous faire prendre conscience qu'un ef-
du succès pour assurer le bien-être de nos enfants et pe-
fort est nécessaire et urgent. Il n'est peut-être pas encore
tits-enfants est de faire des choix durables. Quelques idées
trop tard, mais il est certainement grand temps aujourd'hui
concrètes sont suggérées dans le tableau ci-dessous.
à la maison et au jardin
laissez une place à la nature
permettez à la nature de reprendre ses droits dans votre jardin en prévoyant chez vous une haie
sauvage, un toit de verdure, un étang ou encore des nichoirs; choisissez des plantes riches en
nectar pour attirer et nourrir les papillons et abeilles
choisissez des animaux et plantes indigè- n'achetez pas de grenouille ou de tortue exotiques; les espèces indigènes sont mieux adaptées à
nes, évitez les espèces exotiques
l'environnement, demandent moins d'entretien, sont plus résistantes aux maladies et ne causent
aucun problème lorsqu'elles s'échappent du jardin
compostez vos déchets ménagers et
diminuez ainsi la quantité de vos déchets et disposez, en plus, d'engrais naturel
du jardin
évitez les pesticides et les détergents
préférez les produits `verts' aux produits polluants, toxiques pour l'environnement comme pour
contenant du phosphate
l'homme
respectez les animaux
ne les tuez pas; il existe beaucoup de manières respectueuses d'éloigner les taupes par exemple
ménagez les espaces ouverts restants
choisissez de rénover ou reconstruire
à l'école ou au travail
créez ici aussi un îlot naturel
aménagez un étang ou plantez un arbres dans la cour intérieur ou dans le jardin; un toit de
verdure ou un nichoir prennent peu de place
choisissez des matériaux qui ne polluent emmenez un gobelet et une boîte à tartine plutôt que des emballages jetables en plastique ou en
pas
aluminium; optez pour le réutilisable plutôt que pour le jetable
limitez la consommation de papier
imprimez ou copiez le strict nécessaire en recto-verso; utilisez du papier recyclé sans chlore
au magasin
achetez des produits naturels
choisissez en priorité des produits bio, des fruits et des légumes de saison, des produits qui ont
un éco-label
prévenez l'excès de déchets
préférez des produits avec peu d'emballage et se dégradant vite; utilisez votre propre sac ou
bien un sac en plastique réutilisable pour faire les courses
durant les temps libres
profitez de vos promenades dans la
évitez de faire du bruit; ne laissez pas de déchets derrière vous; ne récoltez pas de plantes, d'ani-
nature
maux ou de champignons; restez sur les chemins et gardez les chiens en laisse
soutenez ou devenez membre d'une
investissez pour vous-même, vos enfants et vos petits enfants; participez à des activités ou
association en faveur de la nature
organisez en vous-même
sensibilisez votre entourage
vous avez l'occasion de sensibiliser beaucoup de personnes en même temps si vous êtes impli-
qués dans un club sportif ou musical, ou un mouvement de jeunesse
en voyage
voyagez responsable
prenez le train plutôt que la voiture ou l'avion; respectez l'environnement de votre destination
et soyez, là-bas aussi, économe en énergie et en eau
conservez la faune et la flore locale
ne favorisez pas le commerce des animaux et plantes en danger; n'achetez pas de souvenirs en
ivoire, corail ou écailles de tortue
17

En conclusion
calla des marais © M. Pirnay
entre autres une eutrophisation* des milieux, néfaste à la
faune et à la flore. Par ailleurs, l'utilisation excessive et non
I
T
ÉLe livre Biodiversity in Belgium, paru en 2003, nous
apprend qu'environ 36 300 espèces d'animaux,
plantes, champignons et micro-organismes ont

durable des ressources naturelles, la pression croissante du
été répertoriées en Belgique. Une étude com-
tourisme et des loisirs, les changements climatiques et les
parative avec la faune et la flore de nos pays
espèces exotiques* envahissantes ne font qu'aggraver la si-
voisins révèle qu'entre 16 000 et 19 000 espèces
tuation.
Ssupplémentaires sont probablement présentes
chez nous sans toutefois y avoir été observées
L'expansion rapide de certaines espèces exotiques repré-
jusqu'à présent.
sente en effet une menace croissante pour la biodiversité en
Belgique. Elles peuvent, à terme, également constituer une
menace pour l'agriculture, l'économie et la santé publique,
par les dégâts qu'elles causent ou les germes pathogènes
qu'elles véhiculent.
Le manque de connaissances sur la biodiversité constitue,
E
R
quant à lui, une menace indirecte. La connaissance de la bio-
diversité de notre pays est très inégale. Même si les espèces
des groupes les mieux connus servent souvent d'indicateurs
pour la conservation de la nature, elles ne représentent ce-
pendant en tout que 4% de l'ensemble des espèces pré-
sentes en Belgique. Il est donc grand temps de mettre à
disposition les moyens nécessaires afin de connaître les 96%
I
V
restants. Ceci permettrait de mieux évaluer l'état de notre
biodiversité et aiderait à prendre des mesures de conserva-
tion adéquates et durables* pour la préserver.
La taxonomie* et l'écologie sont les piliers sur lesquels
raie bouclée © P. Naylor
D
s'appuient les recherches sur la biodiversité. Ces disciplines
nécessitent un sérieux stimulant, beaucoup d'informations
Le total des espèces présentes en Belgique approcherait
de base faisant encore défaut. Dans ce contexte il faut éga-
donc de 55 000. Ce nombre élevé dépasse toutes les esti-
lement souligner l'importance des collections, des biblio-
mations antérieures et signifie que plus d'un tiers des espè-
thèques et des observations recueillies par de nombreux
ces n'aurait pas encore été recensé.
naturalistes.
I
OBien que la biodiversité nous offre un large éventail de biens Nous sommes tous individuellement acteurs de l'environ-
et services, les activités humaines sont les principales res-
nement dans lequel nous vivons, et nous pouvons contri-
ponsables de leur régression. La comparaison entre les ob-
buer chacun à notre manière à la protection de la nature et
servations anciennes et récentes révèle que pas moins d'un
de la biodiversité. Notre mode de vie et nos actions quo-
tiers des espèces d'animaux et de plantes sont menacées
tidiennes, respectueuses de l'environnement, peuvent avoir
Ben Belgique.
un réel impact. Alors n'hésitons pas et agissons!
Les menaces les plus importantes qui pèsent sur la biodi-
versité sont la perte, la régression et la fragmentation* des
habitats* résultant de l'utilisation peu judicieuse du sol, ainsi
que de la conversion des espaces ouverts pour la construc-
tion et l'industrie. Vient ensuite la pollution qui entraîne
18

Glossaire
acide désoxyribonucléique ou ADN: matériel hérédi-
habitat: milieu physique au sein duquel vit une population
taire présent dans chaque cellule vivante et qui contient les
ou une espèce; l'habitat de l'écureuil roux est la forêt; l'habi-
gènes.
tat du coquelicot est une zone aride et souvent perturbée,
comme le bas-côté des routes et le bord des champs.
développement durable: développement qui répond aux
besoins du présent sans compromettre la possibilité, pour
Natura 2000: réseau de zones protégées dans l'Union
les générations à venir, de pouvoir répondre à leurs propres
européenne.
besoins.
phytoplancton: dénomination collective des algues mi-
écosystème: unité fonctionnelle formée en un endroit
croscopiques flottantes (lorsqu'il s'agit d'animaux micros-
donné par l'ensemble dynamique des organismes et de leur
copiques flottants, on parle de zooplancton).
environnement inerte. Exemple: un lac (les poissons, algues
et plantes aquatiques sont les composants vivants, et l'eau,
population: groupe d'individus d'une même espèce pré-
le sol et le climat, les composants inertes).
sents dans une même aire. Exemple: les épinoches dans un
étang forment une population.
espèce exotique ou non indigène: espèce qui n'est pas
naturellement présente dans une certaine région, mais qui
Ramsar: nom de la ville iranienne où fut signée en 1971 la
s'y trouve quand même suite à l'influence de l'homme (es-
Convention sur les zones humides d'importance internatio-
pèces voyageant via le transport des marchandises, espèces
nale. Cette convention est mieux connue sous le nom de
importées pour la culture ou l'élevage, et ensuite échappées
Convention de Ramsar.
et redevenues sauvages). Opposé: espèce indigène.
sol superficiel: une mince couche de sol sur un substrat
espèce indigène: espèce naturellement présente dans une
rocheux.
certaine région. Opposé: espèce exotique ou non indigène.
taxonomie: science de la découverte, description et clas-
estuaire: zone de transition entre l'eau douce et l'eau de
sification des espèces.
mer, près de l'embouchure d'un fleuve.
eutrophisation: excès de nutriments, tels que l'azote et le
phosphore, perturbant l'environnement original. En milieu
aquatique, ceci conduit à une floraison explosive d'algues,
et à une baisse de la qualité de l'eau et de la biodiversité.
En milieu terrestre, quelques espèces de plantes communes
dominent au détriment de beaucoup d'autres et la biodiver-
sité diminue également.
fragmentation de la nature et des habitats: morcel-
lement de la nature et des habitats en fractions plus peti-
tes, par la création de barrières artificielles telles que les
autoroutes, les zones industrielles et les zones d'habitations.
Ceci mène, dans les espaces restants, à des populations plus
lapin de garenne © T. Hubin
petites et donc à un risque accrû de leur disparition.
gène: élément du chromosome par lequel est transmis un
caractère héréditaire bien déterminé.
19

L'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique est une institution de
recherche scientifique qui offre un large éventail de services, notamment à
travers son Muséum. L'expertise de l'Institut couvre la zoologie, la paléontologie, la
préhistoire, la géologie, l'océanographie et la conservation de la nature.
Le champ d'investigation de la recherche scientifique s'étend, au niveau mondial, des régions
tropicales jusqu'aux pôles. Plus près de nous, la mer du Nord est une zone de recherche de
prédilection, avec un rôle-clé joué par le navire océanographique Belgica.
L'Institut publie des livres scientifiques et vulgarisés. Il organise des visites dans ses coulisses et des
ateliers nature pour les jeunes. L'Institut accorde une grande importance à la biodiversité.
Pour de plus amples informations sur la biodiversité en général ou la brochure en particulier:

Biodiversité - Rue Vautier 29 - 1000 Bruxelles

T 02 627 45 45
F 02 627 41 41
E cbd-nfp@sciencesnaturelles.be
Cette brochure peut être commandée gratuitement par téléphone (02 627 45 45) ou
par e-mail (biodiversite@sciencesnaturelles.be).

La brochure est un résumé du livre Biodiversity in Belgium (416 pp.,
25 + frais de port).
Vous pouvez demander de plus amples informations, ou transmettre
vos commandes, par e-mail (biodiversite@sciencesnaturelles.be),
fax (02 627 41 41) ou courrier (Marc Peeters, Pfn-CDB, Rue Vautier
29, 1000 Bruxelles).