Chasse aux dinosaures au Wyoming (1) : un beau cimetière

Le site de fouilles au Wyoming (photo : IRSNB)
06/08/2018
Chasse aux dinosaures au Wyoming (1) : un beau cimetière
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Reinout Verbeke

« 2 bars, 4 churches, 1 hooker and a nice cemetery ». Cet écriteau, qu’on peut lire dans un des deux bistrots du village Kaycee au Wyoming, ne laisse aucun doute : ça manque un peu d’animation ici. Mais les chasseurs y trouvent du gibier en abondance : cerfs, wapitis, élans et … des animaux disparus depuis des millions d’années !

Kaycee se trouve dans la formation de Morisson, une importante formation rocheuse qui s’éteint sur presqu’un million (!) de km² dans l’ouest des États-Unis. Elle s’est formée il y a environ 155 millions d’années par l’accumulation de graviers et sables venant des Rocheuses et déposés dans la vallée fluviale lors des saisons de pluie. Ce processus de sédimentation a duré une dizaine de millions d’années. Entre les conifères et les fougères de ce paysage jurassique tardif sillonné par des rivières, vivaient les icônes de Jurassic Park, comme le diplodocus, le stégosaure, l’apatosaure et l’allosaure. Après s’être embourbés sur les rives marécageuses ou avoir été attaqués par leurs prédateurs naturels, leurs carcasses ont souvent été emportées par les rivières jusqu’à des endroits où elles s’enfonçaient doucement, formant de véritables mikados d’os ou ‘bonebeds’, où elles se fossilisaient.

Suite à l’action érosive de l’eau et du vent, ces ‘bonebeds’ sont aujourd’hui à découvert. Depuis le 19e siècle, cette formation de Morisson a livré une multitude des dinosaures. Il s’agit en effet d’un « nice cemetery » !

La piscine

Deux allemands, Connie et Daniël, nous emmènent au site de fouilles, « the place to be ». Nous, un paléontologue, un préparateur de fossiles et quatre amateurs, nous traversons le pays de Buffalo Bill. Avec les magnifiques collines striées de beige, de vert, de rouge, de gris et même de pourpre, et les massifs rocheux aux flancs émiettés, nous sommes en plein décor de western. Après de nombreux kilomètres, nous quittons l’asphalte et suivons un chemin cahoteux qui, après une pluie, serait impraticable même pour un 4 x 4. Le site des fouilles est le versant sud d’une petite colline, pas plus grand qu’une piscine, où affleurent les couches du jurassique supérieur.

Les deux semaines précédentes, Pascal Godefroit et Ulysse Lefèvre, deux paléontologues de l’Institut, avaient fouillé le site sans ménager leur peine mais avec des résultats négligeables. Jusqu’à ce qu’ils atteignent, dans les derniers jours, les couches contenant de grands fossiles. En guise d’encouragement, ils nous ont envoyé par whatsapp un « The pool is yours! » quelque peu ironique, vue la sécheresse du site.

Ils nous ont aussi laissé un cadeau surprenant : une énorme vertèbre déjà à moitié exhumée (2e photo). Essayez d’imaginer le dinosaure au long cou auquel elle appartenait... « S’il avait les pieds dans la vallée là-bas, sa tête se trouverait au-dessus de nous », constate Aldo Impens, notre préparateur. Il termine de dégager la pièce, puis la consolide pour qu’elle puisse être plâtrée le lendemain. Cette technique, déjà pratiquée au 19e siècle, est la plus sûre pour transporter des fossiles sans encombre jusqu’aux laboratoire où ils seront préparés.

Une dent d’allosaure

Moi qui pensais que le travail des fouilles, c’était surtout tailler et casser… mais non : pour le moment, brosser le grès friable suffit à découvrir un morceau d’os fossile brun foncé. Et ce bout de fossile peut nous amener à un fémur gigantesque, comme celui trouvé par Pascal et Ulysse et qu’ils l’ont surnommé « Ben-Hur, le fémur ». Ils ont également mis au jour une dent de diplodocus. Et nous aussi, nous avons été gagnants : à l’heure dorée du deuxième jour, nous avons trouvé une belle dent antérieure de carnivore ! Selon Koen Stein, le paléontologue de l’équipe, elle appartient à un allosaure. Ce prédateur redoutable a-t-il rongé l’os d’herbivore que nous avons trouvé à côté de la dent ? Probablement pas : c’est plutôt notre imagination qui s’emballe. Nous travaillons sur un bonebed, un véritable bac collecteur de carcasses et d’ossements isolés apportés par les rivières. Il est peu probable qu’on trouve des squelettes entiers, mais nous sommes bel et bien tombés sur un filon d’or paléontologique ! À suivre…

 

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