Chasse aux dinosaures au Wyoming (2) : un vrai Jurassic Park

Deux membres de l'équipe dégagent un fossile (photo : IRSNB)
20/08/2018
Chasse aux dinosaures au Wyoming (2) : un vrai Jurassic Park
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Reinout Verbeke

Début juillet, le squelette complet à 70 % d’un allosaure (ou proche parent) a été adjugé lors d’une vente aux enchères à la tour Eiffel. Un collectionneur anonyme se l’est offert pour 2 millions d’euros. Ce squelette a été trouvé en 2014 à 250 mètres à peine du lieu où nous sommes occupés à fouiller.

Cela nous donne bon espoir de trouver, nous aussi, un dinosaure du Jurassique Supérieur (150 millions d’années), non pas pour le vendre aux enchères mais bien pour la recherche et notre Galerie des Dinosaures. Il permettrait d’encore mieux se représenter l’âge d’or de ces impressionnants animaux.

Après des jours à retourner sans succès la couche supérieure sableuse, qui contient beaucoup de matériel osseux érodé et abîmé, nous déterrons des dents, des vertèbres et de fins os de théropodes (dinosaures carnivores). Nous mettons au jour aussi des vertèbres caudales, des orteils, différentes dents (assemblées) et un morceau de fémur d’un sauropode (un « long cou »). Cet os gigantesque, trouvé au centre du site, a été bien préservé. Il devait mesurer environ 1,5 m de long et appartenait peut-être au même dinosaure que l'énorme colonne vertébrale, les côtes et les os trouvés par la première équipe à la fin du mois de juillet. Mais ce type de rapprochement est, pour le moment, de l’ordre de la supposition et du vœu pieux : le site est un « bonebed » (lit d’os), un endroit où se sont déposés pêle-mêle des os entraînés par le courant de la rivière et les eaux de ruissèlement. Les cadavres ont pu parcourir des kilomètres avant d’y arriver. Ici donc, pas de squelettes articulés conservés dans l’état où ils sont morts – comme nos fameux Iguanodons de Bernissart – mais ce que nous appelons pour rire un « buffet déjà sérieusement entamé » : un os par-ci, un autre par-là, mais, rassemblés, certains peuvent encore et toujours constituer un(e partie de) dinosaure.

Le Jurassic Park original

Si un chantier de fouilles était une chanson, découper, casser et observer constitueraient les strophes et le brossage serait un refrain répété sans fin ! Parfois, un cri dissonant résonne : « Hey, j'ai quelque chose ! » Quand les contours foncés d'un fossile apparaissent, vous faites un retour en arrière dans le temps... dans notre cas, à l’époque de l’imposant Apatosaurus en train de grignoter les fougères et les arbres à feuilles persistantes autour de l'eau. Sur le rivage, un Allosaurus, le (petit) T-rex d’alors, plante ses griffes et ses dents dans une carcasse. Plus loin, broute un Stegosaurus reconnaissable aux plaques osseuses de son dos. En arrière-plan, près des montagnes, un dinosaure au long cou digère du feuillage. Et au-dessus volent les ptérosaures. Cette scène est tirée de la fresque murale géante « L'âge des reptiles » de l'artiste Rudolph Zallinger au Yale Peabody Museum of Natural History. Il s’agit bien sûr d’une fiction, mais basée sur des faits. Les dinosaures de la fresque vivaient ici dans la Formation de Morrison, à la fin du Jurassique, tout comme d’autres géants herbivores tels Diplodocus, Camarasaurus, Brachiosaurus et Barosaurus, des herbivores plus petits comme Camptosaurus, Dryosaurus, Othnielosaurus ou encore des charognards comme Torvosaurus et Ceratosaurus.

Il y a 150 millions d'années, les dinosaures régnaient sur Terre depuis un certain temps déjà. Les gigantesques sauropodes étaient alors à leur apogée. On les trouvait déjà vingt millions d'années plus tôt, descendant probablement de plus modestes dinosaures au long cou typiquement européens apparus au Trias, comme Plateosaurus, vieux de 210 millions d'années (un magnifique spécimen est exposé chez nous à Bruxelles depuis l’an dernier).

Mais revenons au Jurassique. La diversité des sauropodes (mais aussi des autres dinosaures) était alors énorme. Ils étaient tous légèrement différents : taille, flexibilité du cou, dentition. Alors que Brachiosaurus et Camarasaurus dépouillaient la frondaison des conifères les plus hauts, Diplodocus, qui ne pouvait pas atteindre de telles hauteurs avec son cou, ratissait les feuilles les plus tendres des branches inférieures. Au sol, les petits herbivores s'occupaient des buissons et des fougères. Chaque mètre carré de l'écosystème était soigneusement divisé. Si les fossiles de dinosaures du Jurassique supérieur sont si nombreux, c’est aussi pour une autre raison : les animaux vivaient à proximité des rivières, des lacs et des mers. Ces zones boueuses sont idéales pour que la fossilisation ait lieu – les os y sont rapidement recouverts d’une couche de sédiments et ainsi isolés de l’air. Les formations rocheuses dans lesquelles ils reposent se trouvent dans des plaines ouvertes et sèches aux États-Unis, en Chine, au Portugal ou en Tanzanie. Souvent, elles ne sont pas encore couvertes par des villes ou des routes… et sont prêtes à être passées au peigne fin par les équipes de fouilles.

 

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