De la viande de brousse à Bruxelles : ce que l'ADN révèle

De la viande de brousse à Bruxelles (photo : IRSNB)
03/10/2018
De la viande de brousse à Bruxelles : ce que l'ADN révèle
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Reinout Verbeke

Des biologistes ont fait des analyses génétiques sur de la viande de brousse vendue clandestinement à Bruxelles. La moitié des échantillons correspondait à un autre animal que celui annoncé par le vendeur. Trois échantillons contenaient des traces ADN de la variole du singe. « Si nous voulons éviter toute contamination et lutter contre une nouvelle détérioration de la biodiversité dans le pays d’origine, les contrôles à l’importation doivent être plus précis », explique le biologiste Erik Verheyen (IRSNB, UA).

La viande de brousse provient de la chasse d’animaux sauvages – primates, buffles, antilopes, rats des roseaux – dans les forêts tropicales. Sur place, elle est consommée par les populations pauvres, car il y a peu d’alternatives. Mais en Occident, c’est une délicatesse coûteuse, passée en contrebande. Selon différentes études, des dizaines de tonnes de viande de brousse, généralement en provenance d’Afrique, seraient importées chaque année en Europe. Il n’y a pas encore de chiffres pour la Belgique. Des biologistes de l’Institut ont donc lancé un projet pilote.

Des espèces protégées ?

Fin 2017, ils ont demandé à des scientifiques congolais en visite à l’Institut de vérifier si de la viande de brousse était vendue en Belgique. En un mois et demi, ceux-ci ont acheté 12 morceaux, dans trois magasins. Le prix moyen était de 40 € le morceau, indépendamment de son poids.

Nos collègues voulaient aussi savoir s’il s’agissait d’espèces protégées. La viande est généralement coupée en petits morceaux et fumée, ce qui rend difficile une identification classique. Grâce à des analyses génétiques, la biologiste Sophie Gombeer, du BopCo (Barcoding Facility for Organisms and Tissues of Policy Concern, un projet conjoint de l’IRSNB et du MRAC) a déterminé que les échantillons comprenaient un singe de Brazza (un cercopithèque), une antilope des marais, un athérure africain (un porc-épic), des potamochères roux (des porcs), des grands aulacodes (rats des roseaux) et des céphalophes (petits bovidés). « Six des douze échantillons ne correspondaient pas à ce que le vendeur avait annoncé. Les deux morceaux soi-disant de buffle d’Afrique provenaient en fait d’une vache. On ne sait donc pas ce qu’on achète. »

Tous les morceaux achetés en Belgique correspondent à des espèces reprises sur la liste rouge de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) sous le label ‘Least Concern’ (préoccupation mineure) mais quelques-uns proviennent d’espèces présentes dans l’Appendice II de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) et dont le commerce est extrêmement limité afin de les protéger. Dans le cadre d’un reportage pour l’émission PANO, des journalistes de la VRT ont rapporté illégalement du Congo de la viande de brousse qui, après analyse (DNA-barcoding), s’est révélé être du chimpanzé, une espèce protégée.

Des agents pathogènes

L’équipe du biologiste Herwig Leirs (Université d’Anvers) a analysé l’ADN viral contenu dans les échantillons de viande de brousse. L’antilope des marais, le porc-épic et l’un des porcs étaient positifs pour la variole du singe (monkeypox virus), un virus qui se peut se transmettre à l’homme. Les symptômes incluent des cloques sur la peau. Leirs explique : « Le fait que l'ADN du virus est présent dans la viande ne signifie pas que le virus vivant le soit dans l'échantillon. Il n'y a donc aucune raison de paniquer pour le moment. Nous ne pensons pas que l’infection puisse se transmettre en mangeant ou en touchant cette viande, mais nous ne pouvons pas l'exclure non plus. La viande de brousse pouvant contenir d'autres virus, les importations non contrôlées constituent donc un risque pour la santé mais également pour le bétail ici. »

Pour notre collègue Erik Verheyen (IRSNB, Université d’Anvers), « la viande de brousse dans notre pays est un fait. À Paris et Genève, ce sont des tonnes qui sont vendues chaque année. Pourquoi serait-ce différent ici à Bruxelles ? Si nous voulons lutter contre la perte de biodiversité dans les pays africains par le biais du commerce international de viande de brousse et que nous ne voulons pas risquer de nuire à la santé publique, les importations doivent faire l'objet d'un contrôle plus strict. »

 

Le 3 octobre, les émissions PANO de la VRT et On n’est pas des pigeons de la RTBF ont diffusé un reportage sur la viande de brousse à Bruxelles, en collaboration avec des chercheurs de notre Institut et de l’Université d’Anvers.

 

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