Le fond d’un lac révèle des éruptions inconnues du Mont Fuji

Vue sur le lac Motosu et le Mont Fuji (photo : Marc De Batist)
11/10/2018
Le fond d’un lac révèle des éruptions inconnues du Mont Fuji
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Reinout Verbeke
 

Le volcan du Mont Fuji, au Japon, a connu plus d’éruptions qu’on ne le pensait. C’est ce qu’ont découvert des géologues en étudiant les couches de cendres volcaniques contenues dans les sédiments d’un lac voisin. Une meilleure connaissance de l'activité volcanique passée permet de mieux prévoir de futures éruptions…

Avec leurs homologues étrangers, des géologues belges ont prélevé, par forage, des échantillons au fond du lac japonais Motosu, situé au pied du Mont Fuji. Ils ont trouvé dans les carottes de sédiments des couches de cendres provenant du volcan voisin. Ces cendres volcaniques ont atterri à la surface du lac, puis ont sombré jusqu’au fond, avant d’être recouvertes de nouvelles couches de sédiments.

Faisant jusqu’à quatre mètres de long, les carottes de forage du lac Motosu offrent un aperçu des phénomènes géologiques locaux survenus au cours des huit mille dernières années. Grâce à la datation au C14 des différentes couches, les scientifiques ont pu reconstituer exactement quand, à quelle fréquence et avec quelle intensité le volcan est entré en éruption durant cette période. Les carottes prélevées au fond du lac semblent donner une image plus précise que les échantillons géologiques récoltés en surface, sur les flancs du volcan.

Éruptions non documentées

« Nous avons découvert deux éruptions volcaniques qui n'avaient pas été répertoriées par des études géologiques antérieures », déclare notre collègue, la géologue Vanessa Heyvaert (du Service géologique de Belgique à l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique). « Elles ont eu lieu il y a environ 2458 et 2438 ans, donc avec seulement vingt ans entre les deux. » Cela fait passer le nombre d’éruptions du Mont Fuji à cinq, la plus récente datant de 2309 ans.

Le lac est situé au nord-ouest du volcan. Des trois éruptions volcaniques précédemment documentées, aucune couche de cendres n'avait été trouvée à l'ouest – dans le sens du vent – jusqu’à ce qu’on en observe dans les carottes de sédiments du lac Motosu. « Le périmètre de retombée des cendres est donc plus grand que prévu », explique Marc De Batist (Université de Gand). « Nous avons également pu affiner la datation de ces trois éruptions – appelées Osawa, Omuro, Kengamine – à, respectivement, 3042, 2930 et 2309 ans. »

Mieux évaluer les risques d’éruption

De Batist ajoute : « Grâce à ces recherches sur les sédiments, nous pouvons déterminer, avec beaucoup plus de précisions, à quelle fréquence et avec quelle force le volcan du Mont Fuji s’est réveillé. Et grâce à cela, nous pouvons mieux prévoir de futures éruptions. Les résultats arrivent à point nommé : le Japon examine actuellement sa carte de géorisques, qui comprend notamment l'impact possible des éruptions volcaniques sur les environs immédiats. Ce réexamen est loin d’être un luxe : la région autour du mont Fuji est un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO et attire 47 millions de visiteurs chaque année !

L’étude est parue dans Quarternary Science Reviews.


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