Les premiers hommes modernes en Europe avaient une empreinte écologique plus grande que les Néandertaliens

Dent de lait d'un mammoutheau provenant des grottes de Goyet. (photo: Thierry Hubin, IRNSB)
14/03/2019
Les premiers hommes modernes en Europe avaient une empreinte écologique plus grande que les Néandertaliens
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Reinout Verbeke

Les premiers hommes modernes en Europe ont fait trembler les écosystèmes il y a environ 40 000 ans. Les populations de mammouths en particulier ont alors considérablement diminué. Cela ressort d'une nouvelle étude sur des ossements de Néandertaliens, d’hommes modernes et d’animaux, provenant tous des grottes belges de Spy et Goyet. Les derniers Néandertaliens mangeaient aussi principalement du mammouth, mais sans que ses populations en soient impactées.

Comment se fait-il que les Néandertaliens aient disparu il y a environ 40 000 ans et que nous, les hommes modernes, ayons alors prospéré ? Des scientifiques tentent de répondre à cette question depuis des décennies. Était-ce lié à un autre régime alimentaire ? Ou à un niveau de mobilité différent ? Une nouvelle étude publiée dans Scientific Reports montre que les deux espèces humaines (Homo neanderthalensis et H. sapiens) mangeaient la même chose, essentiellement du mammouth et du renne, mais que les hommes modernes chassaient beaucoup plus intensément. Ils étaient aussi moins sédentaires.

Deux grottes belges, près de Namur, sont essentielles pour l’étude des derniers Néandertaliens : Spy et Goyet. Des ossements humains et animaux datant entre 40 000 et 45 000 ans y ont été mis au jour. La grotte de Goyet est même unique au monde, car elle a aussi livré des restes des premiers hommes modernes. Ces ossements, ajoutés à ceux de premiers Homo sapiens provenant de deux sites allemands, ont fait l’objet d’une étude comparative menée par une équipe de recherche internationale. Trois scientifiques de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique ont pris part à cette recherche.

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Les scientifiques ont analysé les isotopes de carbone et d'azote contenus dans le collagène des os afin de déterminer ce que hommes et animaux mangeaient à l’époque. Il s'avère que les Néandertaliens avaient le même régime que les hommes modernes, à savoir principalement du mammouth et du renne. En outre, les deux groupes avaient également au menu du rhinocéros laineux, parfois un cheval ou un bison et, dans de rares cas, un ours des cavernes. « Nous observons peu de différences dans le régime alimentaire des Néandertaliens et des premiers hommes modernes de nos régions », explique la paléontologue Mietje Germonpré (IRSNB), qui a examiné la mégafaune dans le cadre de cette étude. « Les Néandertaliens n'ont donc peut-être pas disparu en raison d'un régime alimentaire moins riche, moins diversifié ou plus limité, comme on le pense souvent. »

Une empreinte écologique plus grande

Les chercheurs ont constaté, dans la composition isotopique des herbivores, que la population de mammouth était encore stable à l’époque des Néandertaliens. « Mais cela a radicalement changé avec l'arrivée des hommes modernes en Europe », déclare Germonpré. « Ces derniers chassaient beaucoup plus intensément les mammouths. Nous voyons que l'influence humaine sur l'écosystème s'est accrue une fois que l'homme moderne s'est installé en Europe. Les populations de mammouths ont commencé à souffrir de la pression de la chasse et les chevaux ont pris la niche écologique des mammouths. »

Des hommes plus mobiles

L'isotope stable du soufre dans le collagène osseux nous renseigne sur la composition du substrat local et fonctionne comme un « traqueur » : les scientifiques peuvent en déduire l’origine, locale ou éloignée, des hommes et animaux. Les Néandertaliens de Spy restaient sur le site et chassaient à proximité immédiate. Les Néandertaliens de Goyet trouvaient leurs proies hors de l’écosystème local. Mais, comme l'a montré une étude réalisée en 2016, les os de ces derniers portent des traces de cannibalisme : coupures, cassures et impacts de percussion indiquent que les restes humains ont été dépouillés et les os brisés pour en extraire la moelle osseuse nutritive. De nombreuses questions à ce sujet restent en suspens, mais les chercheurs remarquent que ce sont précisément les Néandertaliens qui n’étaient pas de la région qui ont été victimes du cannibalisme.

Les Néandertaliens de Spy, nourris avec des animaux vivant dans la région, et les Néandertaliens de Goyet, bien qu’ils ne soient pas locaux, forment un groupe homogène sur base de leur régime alimentaire. Les hommes modernes de Goyet montrent eux des différences dans la mobilité. Les chercheurs soupçonnent l’homme moderne occupait un territoire plus varié et plus étendu et exploitaient l’environnement de manière différente. Il semble que les individus se soient joints à d'autres groupes et pourraient avoir échangé beaucoup plus d'idées. Peut-être était-ce la chose la plus importante qui différencie les Hommes modernes des Néandertaliens.
 

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