De l’ARN de loup vieux de 14 000 ans dans le permafrost sibérien

L’équipe qui a mis au jour le louveteau de Tumat, avec Sergey Fedorov au centre © Sergey Fedorov
31/07/2019
De l’ARN de loup vieux de 14 000 ans dans le permafrost sibérien
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Charlotte Degueldre

Des scientifiques ont pu analyser l'ARN (acide ribonucléique) d'un louveteau conservé dans le sous-sol gelé de la Sibérie pendant environ 14 000 ans. L'ARN de ce « Tumat puppy » est le plus ancien découvert à ce jour. Copie de l’ADN, la molécule d’ARN régule notamment les processus chimiques au sein de la cellule.   

Une équipe de recherche internationale dirigée par l'Université de Copenhague a été en mesure de lire des séquences d'ARN d'un louveteau – peut-être partiellement domestiqué – mort il y a 14 300 ans, lors de la dernière période glaciaire. Le jeune animal a été mis au jour près de Tumat, dans le nord de la Sibérie, en 2015. En raison du réchauffement de la planète, le pergélisol révèle de plus en plus de vestiges d'une époque révolue.   

Le plus vieil ARN 

Nous savions déjà que l'ADN peut être conservé pendant des milliers d'années dans de bonnes conditions, dans le permafrost notamment. Le fait que l'ARN, molécule beaucoup moins stable, puisse également résister à l'épreuve du temps a été une surprise pour les chercheurs. En outre, avec ses 14 300 ans, l'ARN du foie du « Tumat puppy » est le plus ancien connu à ce jour (le second plus ancien n'a que 700 ans).  

L'acide ribonucléique est une molécule à l'intérieur de la cellule qui y sert de « livret d'instructions » pour la fabrication des protéines. Le code génétique de l'ADN est copié sous forme d'ARN, après quoi il quitte le noyau cellulaire et est décodé par les usines de protéines du cytoplasme. L'équipe de recherche a pu démontrer que l'ARN obtenu à partir du foie du louveteau de Tumat n’avait pas été contaminé par l’ARN d’autres animaux et qu’il comportait de nombreuses séquences transcrites (c.-à-d. copiées) correspondant à celles de foies de loups et chiens récents. 

Évolution des virus  

Même dans les zones où il gèle en permanence, comme la Sibérie, l'Antarctique et le Groenland, l'ARN ne se conserve pas aussi bien que l’ADN ancien, dont l’analyse est devenue une routine. Pourtant, en étudiant beaucoup d'aARN (ancient ARN), les chercheurs espèrent se faire une idée de ce qui se passait dans les cellules et tissus juste avant la mort de l'animal. Et peut-être que l'analyse de l'ARN ancien peut fournir plus d'informations sur l'évolution des virus constitués d'ARN – il suffit de penser au HIV, à la fièvre jaune, à la fièvre du Nil occidental ou à Ebola.  

L'étude, à laquelle a collaboré notre paléontologue Mietje Germonpré, a été publiée dans PLOS Biology. Une analyse ADN actuellement en cours devrait permettre d’établir si les « Tumat puppies » – au pluriel parce qu'un premier louveteau de la même portée avait déjà été trouvé en 2011 – sont des loups sauvages ou des versions plus domestiquées.   

 

 

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