L’usure sur les dents révèle que le chien a été domestiqué pendant l’ère glaciaire

Chien Paléolithique de Předmostí des collections du Musée Morave à Brno (République tchèque). L’os était probablement inséré entre les dents de l’animal au moment de son mort dans le contexte d’un rituel. (Photo : M. Germonpré, IRSNB)
19/02/2020
L’usure sur les dents révèle que le chien a été domestiqué pendant l’ère glaciaire
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Reinout Verbeke

Grâce aux traces d’usure sur des dents vieilles de 28 500 ans, des chercheurs ont découvert que les chasseurs-cueilleurs avaient déjà des chiens lors de la dernière période glaciaire. Le loup domestiqué était plus souvent nourri d’aliments plus durs comme des os alors que le loup sauvage continuait de manger de la nourriture plus tendre.

Quand est-ce que les hommes ont fait du loup un fidèle compagnon ? Les paléontologues et les généticiens débattent depuis des années de la réponse. Selon les estimations, cette domestication date d’il y a 15 000 à 40 000 ans. La dernière estimation vient en partie d’une découverte belge : le chien de Goyet. Selon des caractéristiques crâniennes, le crâne vieux de 36 000 ans, retrouvé dans les années 1860 dans la grotte de Goyet (près de Namur), devrait appartenir à un chien primitif. Et ainsi il serait le plus vieux chien du monde. Mais tous les chercheurs ne sont pas du même avis.

Marques dentaires

Une nouvelle méthode de recherche appelée dental microwear texture analysis indique la piste d’une domestication ancienne. Avant même le pic de froid de la dernière ère glaciaire, il y a environ 23 000 ans, les hommes apprivoisaient les loups.

Des chercheurs américains ont minutieusement examiné les traces d’usure sur les molaires de 19 mandibules de chiens primitifs et de loups exhumés à Předmostí en République tchèque. Lors d’une étude antérieure menée par la paléontologue Mietje Germonpré (Institut royal des Sciences naturelles de Belgique), ces fossiles avaient déjà été classés comme des loups et chiens primitifs sur base de leur apparence. Ces chiens ont une mandibule plus courte et plus robuste qui est mieux adaptée pour ronger des aliments plus durs. Les analyses des traces d’usure sur les molaires – la deuxième molaire précisément – révèlent bel et bien l’existence de deux groupes. Les molaires des spécimens canidés présentent des sillons plus profonds. Il s’agit du patron des animaux rongeant plus souvent des aliments durs comme des os. Les dents des loups présentent moins de traces d’usure.

Les chercheurs attribuent ce régime alimentaire différent à la domestication. Germonpré, qui a collaboré à cette étude, explique cette différence « les chiens vivaient avec les hommes et recevaient sans doute les restes de nourriture – les os et carcasses – de rennes et de bœufs musqués, par exemple. Les loups, eux, vivaient plus loin des hommes et mangeaient souvent de la nourriture tendre, comme des cadavres de mammouths et de chevaux. L’existence de loups domestiqués en République tchèque il y a 28 500 ans, même avant le pic de froid de la dernière période glaciaire, rend plus plausible l’hypothèse selon laquelle « le chien de Goyet » est un chien primitif ».

L’étude a été publiée dans Journal of Archaeological Sciences.

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