‘Corona’ et biodiversité : le même combat

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Pangolin (c) RBINS
10/09/2020
‘Corona’ et biodiversité : le même combat
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Siska Van Parys

La perturbation de la relation entre l’Homme et la nature se trouve à la base de cette pandémie. De plus en plus de scientifiques en sont convaincus. La déforestation massive et la commercialisation d’animaux sauvages ont fait basculer des équilibres écologiques séculaires, dont celui qui concerne les virus et leurs hôtes. Plus que jamais, il faut investir dans des solutions durables pour la crise mondiale de biodiversité et le changement climatique.

Les scientifiques en sont presque certains : le nouveau coronavirus a été transmis à l’Homme par des chauves-souris, probablement en passant par un autre mammifère jouant le rôle d’ ‘hôte intermédiaire’. Dans le Coronablog de l’Université d’Anvers, Erik Verheyen (IRSNB, UA), Herwig Leirs et Frederik Van de Perre (UA) expliquent : « Les maladies générées par la transmission d’un agent pathogène s’appellent des ‘zoonoses’. L’instant où un pathogène passe d’une espèce hôte à une autre est le ‘spillover’ ou ‘saut interspécifique’. » Les spillovers et les zoonoses ne sont pas de phénomènes nouveaux : ils sont aussi vieux que l’humanité.

Mais durant les dernières décennies, ces maladies se succèdent de plus en plus vite. Fièvre d’Ébola, rage, toxoplasmose, grippe aviaire, grippe porcine, MERS, SARS et COVID-19 : ce ne sont que certaines d’entre plus de 200 zoonoses affectant les humains du monde entier. Les 30 dernières années, plus de 30 pathologies humaines ont été découvertes, dont 55 % sont apparues auparavant dans une autre espèce animale. Souvent, il s’agissait d’une chauve-souris, ce qui était le cas avec Ébola MERS, SARS et maintenant COVID-19. Les dernières décennies, les intervalles entre les spillovers entre chauve-souris et humains, provoquant une épidémie, deviennent de plus en plus courtes. Mais ce n’est pas de la faute de la chauve-souris, comme l’a récemment insisté le zoologiste Herwig Leirs dans un interview dans la revue ‘MO*'.

La nature également sous pression

Inger Andersen, le directeur du Programme pour l’Environnement des Nations Unies, estime qu’il faut considérer cette pandémie comme un avertissement. Dans un article paru dans ‘The Guardian' , elle écrit que « l’Homme exerce trop de pression sur la nature ». Des scientifiques éminents disent que c’est presque toujours le comportement humain qui provoque la transmission d’une maladie d’un animal sauvage vers l’Homme. En fait, la transmission de virus, comme le nouveau coronavirus, nécessite un contact direct ou indirect entre Homme et animal. La façon dont nous gérons la nature augmente tous ces contacts. Nous pénétrons de plus en plus loin dans les habitas des animaux sauvages ; nous perturbons des écosystèmes millénaires et nous détruisons la biodiversité qu’ils hébergent.

Ces dernières décennies, des centaines de millions d’hectares de forêt tropicale ont été abattus, pour le bois, pour l’exploitation minière (notamment pour les chips de nos GSM et de nos ordinateurs) ou pour l’agriculture (notamment pour le soja, nourriture pour le bétail occidental). De plus, les animaux sauvages sont commercialisés pour leur viande ou pour des applications médicales. C’est sans compter que la croissance débridée de la mondialisation, de notre aviation et de nos mégalopoles produit un cocktail dangereux pour la naissance d’une pandémie.

Déforestation et marchés humides

Au siècle passé, de nouvelles maladies zoonotiques apparaissaient surtout aux orées des forêts africaines et asiatiques. La déforestation découpe ces forêts en ‘îlots’, créant ainsi davantage d’orées et donc plus d’interaction entre les humains et les animaux sauvages, et les agents les pathogènes qu’ils portent. Ces interactions peuvent se produire de plusieurs façons. Prenons par exemple les chauves-souris. Ne trouvant plus assez de nourriture et d’espace pour dormir dans les forêts qui rétrécissent, les populations de chauves-souris s’installent dans les vergers. Leurs excréments peuvent salir les fruits, ensuite touchés ou mangés par d’autres d’animaux ou par des humains : soit localement, soit au village, dans la ville ou même le pays où la viande est vendue.

Dans beaucoup de pays, les chauves-souris sont une importante ressource alimentaire, voir même une délicatesse. Chassées activement dans la forêt, elles sont ensuite mangées ou vendues. Elles se retrouvent sur les marchés humides tristement célèbres où elles sont entassées dans des cages avec d’autres espèces d’animaux sauvages, stressées. C’est un terrain propice pour la transmission de virus d’une espèce à une autre, dont l’espèce humaine. La viande de brousse, provenant d’animaux sauvages africains, est même vendue sur le marché international, ce qui augmente davantage le risque d’une pandémie. (Vous trouverez plus d’information sur la viande de brousse en Belgique dans cet article.)

Un écosystème affaibli

Le commerce d’animaux sauvages exerce une pression énorme sur les populations. Les pangolins, supposés hôtes intermédiaires pour le Covid-19, sont intensément chassés et commercialisés. Les huit espèces de pangolins, présents en Afrique et Asie, sont braconnées pour leur viande et leurs écailles alors qu’il s’agit d’espèces protégées. Or, lorsqu’un déséquilibre apparait pour une espèce ou une population, cela peut avoir des conséquences énormes pour le reste de l’écosystème. Ce déséquilibre peut provoquer des réactions en chaîne et générer une diminution significative de la biodiversité locale ou même régionale.

La déforestation est également une source de perte pour la biodiversité. Des espèces spécialisées, par exemple celles qui ne mangent que très peu, ou même un seul aliment spécifique, sont les premières à disparaître. Les espèces restantes sont celles qui ont une grande capacité d’adaptation et souvent une courte durée de vie et une reproduction rapide. Ces caractéristiques vont généralement de pair avec un système immunitaire défaillant. La forêt devient ainsi pauvre en espèces, qui par ailleurs se ressemblent bien plus et qui exercent donc des fonctions moins diverses dans l’écosystème. Comme l’a dit le zoologiste Herwig Leirs : « Un écosystème perturbé est un écosystème malade et affaibli ».

Et un tel écosystème n’est pas toujours capable d’exercer les services dont nous dépendons, comme l’approvisionnement alimentaire, la régulation des cours d’eau, la régulation de la qualité de l’air, la disponibilité en eau propre et, notez bien, la protection contre les maladies. Une plus grande variété d’espèces hôtes peut notamment diminuer drastiquement le risques de maladies. Ceci est appelé l’ « effet de dilution ». Une forte biodiversité augmente l’effet de dilution, diminuant ainsi le risque d’une transmission de maladies infectieuses d’une espèce à l’autre (et donc également à l’Homme).

Connaissez vos limites

La dégradation des écosystèmes et la perte en biodiversité, la perturbation des bilans écologiques, l’omniprésence des activités humaines, l’intensification de l’exploitation des terres, la commercialisation des animaux sauvages : ce sont tous les problèmes qu’il faut affronter afin de se protéger contre les pandémies. Et ce ne sera pas facile : ils sont tous enracinés dans notre économie globalisée. Dans une tribune libre dans la revue ‘Knack’, le bioingénieur Myriam Dumortier (Université de Gand) nous confronte avec la réalité : « Le Covid-19 n’est pas un contrecoup isolé. C’est une des affres d’un système qui a dépassé ses limites, et ces affres se renforceront. »

L’Anthropocène est confronté à ses limites. Il ne nous est plus permis de croire que nous vivons dans un cocon de technologies, isolés de la nature sauvage. Nous en faisons partie, nous y sommes intégrés et nous en dépendons. « Ce qui nous arrive maintenant démontre très clairement notre vulnérabilité et notre futilité, ainsi que celles de notre société. Cela devrait nous donner conscience que nous ne sommes qu’un petit maillon dans le grand système de la vie sur terre ». Ce sont les sages paroles du biologiste Patrick Meire (UA) dans une autre tribune dans Knack. Il est certain que d’autres pandémies se présenteront, mais leur nombre dépendra du soin que nous porterons à la biodiversité et aux équilibres naturels de notre planète.

 

Pour en savoir plus sur le commerce d’animaux sauvages, le commerce et la consommation de la viande de brousse et une démarche vers un commerce durable de plantes et d’animaux sauvages, consultez les Policy Briefs de la Plateforme belge de la biodiversité et biodiversity.be!

 

Sources : voir l’article sur le site de www.ensemblepourlabiodiversite.be

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