Le lac Tanganyika : les pêcheurs se plaignent du manque de sécurité sur ce lac à l’est du Congo

Pêcheurs sur le lac Tanganyika © Charlotte Huyghe
19/11/2020
Le lac Tanganyika : les pêcheurs se plaignent du manque de sécurité sur ce lac à l’est du Congo
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Siska Van Parys

Les pêcheurs du lac Tanganyika, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), se sentent en insécurité et revendiquent une exécution plus juste des réglementations en vigueur en matière de surpêche et de matériel illégal. C’est la conclusion tirée par une équipe de recherche internationale après plus de 1 000 entretiens avec des pêcheurs et d'autres parties concernées par la pêche sur le lac. Ces pêcheurs ont également indiqué que leurs prises ne cessent de diminuer en quantité et en taille, ce qui pourrait indiquer la surpêche.

Le lac Tanganyika, l'un des plus grands lacs d'eau douce au monde, est bordé par quatre pays riverains : La RDC (45 %), la Tanzanie (41 %), le Burundi et la Zambie (14 % les deux réunis). La pêche sur le lac permet à des dizaines de milliers de pêcheurs de gagner leur vie et constitue la principale source de protéines pour plus d'un million de personnes. Les stocks de poissons du lac y sont sous pression, principalement en raison de la surexploitation et de la pollution. Pour que ces stocks de poissons ne s’épuisent pas, il est indispensable qu’ils sont correctement géré.

Afin d'adapter la réglementation aux besoins des personnes qui vivent de la pêche, il est important de recueillir leurs points de vue et opinions. C’est pourquoi des biologistes de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB), des Universités de Leuven, Hasselt et Nord (Bodø, Norvège) et du Centre de Recherche en Hydrobiologie (CRH) ont effectué plus de 1 000 entretiens avec des pêcheurs, des vendeurs, des fonctionnaires et d'autres parties concernées par la pêche sur le lac Tanganyika, situé à l'est du Congo, une des régions les plus pauvres au monde. Les pêcheurs ont demandé plus de protection, un meilleur accès aux équipements de sécurité et une meilleure application des réglementations en vigueur. Les scientifiques ont également constaté des signes de surpêche.

Conditions dangereuses

Les entretiens avec les pêcheurs ont révélé que leur principale préoccupation est le manque de sécurité. « Les pêcheurs signalent des conditions dangereuses, avec de fortes vagues et des vents violents. De plus, ils sont régulièrement attaqués par des gangs actifs sur le lac ou extorqués par des soldats ou des agents de sécurité », explique la biologiste Els De Keyzer (KU Leuven), qui a réalisé cette étude. Les pêcheurs exigent donc de toute urgence des équipements de sécurité supplémentaires, tels que des gilets de sauvetage et des mesures strictes contre les gangs et la corruption.

Signes de surpêche ?

Il est frappant de constater que les pêcheurs, les vendeurs et les fonctionnaires témoignent tous d’une diminution dans les prises des trois principales espèces et que les poissons vendus sur le marché deviennent plus petits, ce qui pourrait indiquer une surpêche. « Nous remarquons ici une étrange contradiction, car même si les personnes interrogées indiquent que les poissons sont moins abondants, elles estiment que la surpêche et la surpopulation n'en sont pas la cause », déclare le biologiste Maarten Van Steenberge (IRSNB), qui a coordonné la recherche. Les pêcheurs et les autres parties prenantes du lac ne sont donc pas ouverts aux changements de réglementation, puisqu’ils n'en voient pas l'intérêt.

Exécution plus stricte

Une politique de pêche plus stricte a une faible probabilité de réussir si la population locale n'est pas favorable à son application. Dans l'est du Congo, la régulation de la pêche se limite à l'interdiction d’utiliser certains matériaux et à l’interdiction de pêcher pendant quelques jours par mois. « Nous constatons que les pêcheurs souhaitent une application plus stricte des règles existantes, entre autres pour empêcher la concurrence déloyale de collègues qui utilisent du matériel illégal », affirme Pascal Masilya Mulungula, chercheur au CRH.

Les chercheurs espèrent que les résultats de cette étude constitueront un point de départ pour les décideurs politiques, afin que les intérêts de la population locale soient pris en compte lorsqu'il s'agira d'adapter la réglementation à la situation actuelle.

 

L'étude a été publiée dans le Journal of Great Lakes Research.

 

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