Réouverture de l’enquête sur la mort des Iguanodons de Bernissart

L’un des iguanodons découverts à Bernissart, dessiné dans la position exacte dans laquelle il gisait par Gustave Lavalette (reproduction : IRSNB)
19/06/2015
Réouverture de l’enquête sur la mort des Iguanodons de Bernissart
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Reinout Verbeke

Quelle est la cause de la mort de la trentaine d’iguanodons mis au jour à Bernissart : sècheresse, noyade, empoisonnement par les gaz du marais… ? Une équipe de chercheurs belges rouvre l’enquête. Pascal Godefroit, de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB), dirige le projet : « Nous allons réexaminer d’anciennes cartes géologiques, les carottes du site réalisées en 2002, ainsi que des spécimens non encore étudiés. »

Depuis la découverte des Iguanodons de Bernissart en 1878, leur mort a fait l’objet de maintes spéculations. Selon Louis Dollo, le célèbre paléontologue qui a étudié les iguanodons dans les années 1880, ils s’étaient noyés ou avaient été victimes de prédateurs. Dans les années 1960, les scientifiques pensaient qu’ils avaient péri à cause d’une grande sécheresse ou après s’être embourbés dans un marais. Dans les années 1970, un chercheur suggérait qu’ils étaient tous tombés du haut d’une falaise. Dans les années 1980, les scientifiques supposaient plutôt que leur disparition était due à une mort naturelle dans les marais, suite à laquelle les cadavres auraient lentement dérivés jusqu’à un défoncement naturel, appelé « cran ».

Une équipe de chercheurs de l’IRSNB, de l’Université de Mons et de la Vrije Universiteit Brussel va, durant les quatre années à venir, confronter tous ces scénarios à de nouveaux scans des fossiles en 3D, des cartes géologiques – récemment découvertes – des fouilles et des données fournies par deux carottes prélevées en 2002 juste à l’endroit où se trouvaient les iguanodons. Les scientifiques examineront également près de 3000 fossiles de poissons mis au jour avec les iguanodons et réaliseront des analyses d’isotopes et de pollens pour voir si, il y a 125 millions d’années, l’environnement a subi d’éventuels changements drastiques.

Un empoisonnement massif ?

Lors de la conférence inaugurale à Mons début juin, Jean-Marc Baele, géologue à l’Université de Mons, a déjà pu avancer quelques arguments en faveur d’une nouvelle hypothèse : une mortalité massive soudaine. « Un site paléontologique où les animaux sont morts de façon graduelle et « passive » livre normalement 80 % d’animaux jeunes (les plus faibles) », explique-t-il. « Il est remarquable que seuls des spécimens adultes aient été trouvés dans la mine de Bernissart. Ceci pourrait indiquer une mort massive et rapide. »

Mais alors, quel serait le principal suspect ? Baele soupçonne le sulfure d'hydrogène (H2S), un silent killer : « Les couches d’argile dans lesquelles gisaient les iguanodons contiennent beaucoup de pyrite, un minerai composé de disulfure de fer (FeS2 ) qui peut être obtenu à partir d’oxyde ferrique (Fe2O3 ) et de sulfure d’hydrogène (H2S), un gaz déjà toxique à très faible concentration (un cheval au Mont Saint-Michel fut ainsi la victime d’algues produisant du H2S). Dès lors, se peut-il qu’un geyser d’eau sulfureuse (eau contenant du H2S) ait empoisonné ou asphyxié un troupeau d’iguanodons il y a 125 millions d’années ? La position dans laquelle les iguanodons ont été trouvés – sur leur flanc avec la tête rejetée vers l’arrière – porte à supposer un tel empoisonnement. Est-ce le cas aussi des 3000 fossiles de poissons gisant près des iguanodons, dans une couche isolée ? »

Reconstitution en 3D

La découverte des iguanodons a été une étape importante de la paléontologie. Pascal Godefroit nous en dit plus : « C’était une Pierre de Rosette pour les paléontologues de l’époque. Plus ou moins complets et encore articulés, ils procuraient aux scientifiques de la fin du XIXe siècle une première image réaliste des dinosaures. Cette collection d’iguanodons – la plus belle au monde, tant pour la quantité que la qualité des fossiles – est idéale pour étudier leur comportement et leurs conditions de vie et de mort, ainsi que l’écologie de l’époque. »

Les grandes découvertes en paléontologie ont toujours suscité beaucoup d’intérêt. Depuis bientôt 130 ans, ces pièces maîtresses du Muséum attirent les visiteurs belges et étrangers. « C’est pourquoi nous voulons communiquer cette recherche à un large public, via un site internet, un documentaire etc. Nous pensons également réaliser une reconstitution en 3D à partir des plans et des dessins géologiques originaux, ce qui permettra une exploration en ligne de la ‘scène du crime’ », conclut Pascal Godefroit.

 

Ce projet de recherche, financé par la Politique scientifique fédérale (Belspo), a été baptisé « ColdCase: re-opening of the Bernissart Iguanodon crime scene ».

 

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