Les coulisses de la Galerie de l'Homme

Modèles en 3D de quelques-uns de nos prédécesseurs (photo: Thierry Hubin, IRSNB)
22/06/2015
Les coulisses de la Galerie de l'Homme
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Reinout Verbeke

En avril dernier, nous avons suivi les derniers préparatifs de la « Galerie de l’Homme - Notre évolution, notre corps », la toute nouvelle salle permanente du Muséum des Sciences naturelles. Cette exposition ambitieuse et unique retrace sept millions d’années d’évolution humaine et explore notre corps, de l’embryon à l’adulte.

« Woaw, les projections 3D rendent super bien ! » La scénographe Katelijne De Kesel rayonne. Une entreprise externe s’affaire dans la future salle permanente autour d’ordinateurs portables et de projecteurs. Il s’agit d’ajuster au pixel près les projections fluo de notre système nerveux et de notre circulation sanguine sur des mannequins blancs grandeur nature. Tout cela s’annonce très prometteur. « Les projections apportent une variation visuelle au visiteur et sont un moyen formidable de montrer en taille réelle les processus à l’œuvre dans notre corps », explique Katelijne.

Après trois années passées à concevoir des projets, à faire des recherches, à élaborer des scénarios (le premier comptait 160 pages), à créer et peaufiner des prototypes, les choses s’accélèrent. « Il y a tellement de facteurs et tellement de collaborateurs différents, tant internes qu’externes… Je sais d’expérience que si tout n’est pas parfait dès le début, ça coince forcément en phase finale. » Mais cinq semaines avant l’ouverture, les délais sont respectés.

Il a tout de même fallu encaisser le fait qu’un fossile d’hominidé, que les muséologues de la nouvelle galerie espéraient obtenir, n’était pas disponible. Le meuble où il devait être intégré était pourtant déjà en cours de production. « Mais nous nous adaptons », assure Katelijne. Sur les 25 hominidés choisis pour illustrer notre évolution, 16 ont été reconstitués grandeur nature en 3D. Une véritable gageure !. « Nous avons opté pour le bois, mais c’est un matériau naturel qui n’est pas toujours fourni exactement dans la même épaisseur. Les modèles pilotes se sont ainsi avérés trop grands ou présentaient des jours entre les couches. » Mais quand le premier exemplaire – un Paranthropus boisei – est amené dans la salle, tout le monde laisse échapper un cri d’admiration.

Fait maison

Avec ces seize reconstructions– de « Toumai » à l’Homo sapiens, en passant par « Ardi », « Lucy », ou encore l’homme de Néandertal mis au jour à Spy en Belgique –, les muséologues ont voulu époustoufler le visiteur dès l’entrée par leur ressemblance avec l’homme. C’est le seul endroit en Europe où l’on peut découvrir autant d’hominidés reconstitués en taille réelle et se comparer à eux. Étaient-ils beaucoup plus petits ? Leur morphologie ressemblait-elle plus à celle du singe ou de l’homme ? Katelijne : « Nous avons voulu représenter les proportions de leurs corps de la manière la plus juste possible et, pour ce faire, nous n’avons eu de cesse de consulter nos scientifiques. Et non, il n’y a ni pilosité, ni couleur de peau, car nous ne disposons que d’hypothèses à ce sujet. » Raison pour laquelle, pour les dessins des 25 hominidés,   différentes interprétations sont souvent proposées. Pour les représentations en 2D comme en 3D, il y a eu de nombreux allers retours entre les graphistes et les (paléo)anthropologues. « C’était parfois frustrant, car une petite modification sur l’image en 3D exige de longues heures de calcul, mais le résultat – et notamment l’affiche avec la 'photo de groupe’ de la lignée humaine – est plutôt pas mal », reconnaît Katelijne.

Buisson généalogique

À l’exception de la dent d’Ishango – une pièce de collection vieille de plus de 2 millions d’années –, les os présentés en vitrines sont des moulages de fossiles existants. « Les vrais fossiles sont encore en cours d’examen », explique la muséologue Sophie Boitsios, « et par mesure de sécurité aussi, les fossiles des néandertaliens de Spy restent dans notre coffre-fort. » La plupart des outils de pierre, dont certains découverts en Belgique, sont des originaux.

Les détails ont été soignés : tous les meubles sont proportionnels à la période pendant laquelle l’hominidé a probablement vécu. « L’exposition doit montrer clairement que l’histoire humaine n’est pas une ligne droite, c’est plutôt un buisson avec de nombreux types d’hominidés qui ont co-existé à certaines périodes. » Pour l’instant, on ne sait pas avec précision de qui descend notre espèce, l’Homo sapiens. Il y a entre 3,5 et 1,5 millions d’années, vivaient en Afrique plusieurs membres de la lignée Australopithecus, dont l’afarensis (« Lucy ») et l’africanus sont les espèces les plus connues. Notre lignée, Homo sp., est descendue de l’une d’entre elles, il y a environ 2,5 millions d’années. Nous sommes encore en train d’écrire le chapitre de l’homme moderne, apparu il y a 200 000 ans à peine.

Avec notre culture, notre structure sociale et notre intelligence, nous sommes parvenus à dominer la Terre en peu de temps. Depuis 40 000 ans, nous y sommes en effet la seule espèce humaine en vie.

Le corps dévoilé

« C’est en réalisant l’exposition que j’ai vraiment commencé à comprendre comment l’évolution avait donné lieu à notre corps actuel », raconte Sophie. Et ce corps est entièrement dévoilé dans la deuxième partie de l’exposition, qui explore toutes les étapes de la vie, de l’embryon, l’enfant, l’adolescent à l’âge de reproduction. Presque tout y est vrai : une collection de fœtus dans le formol datant de 100 ans, de véritables squelettes d’enfants et d’adultes, des membres plastinés (comme dans la célèbre exposition Körperwelten). « Cette partie est entièrement interactive, avec des jeux Kinect, un test d’association, un exercice sur la pression de groupe, des tablettes avec des films d’animation, etc. »

Stijn Pardon, de l’équipe multimédia, est en train de mettre la dernière main aux animations lorsque nous le rencontrons. Ce sont des « motion graphics » du même style que la campagne howbigisbelgica.be : simples, dynamiques, avec une touche d’humour. « Nous voulions une harmonie entre le style des animations et le texte. Nous avons commencé à concevoir des scénarios l’été dernier. Nous recherchions un bon équilibre : du punch, mais avec suffisamment d’informations, un contenu pertinent, mais passionnant et pas trop sage. » Huit tablettes transmettent chacune des leçons de biologie – immunologie, os, fille contre garçon...– divisées en 8 à 20 fragments ultracourts. « Nous utilisons les membres d’une famille comme personnages récurrents, ainsi que des métaphores. Un spermatozoïde devient une allumette et un ovule un ballon de basket, pour bien faire comprendre les proportions. »

Une double expo unique

Dans la partie sur le corps, on trouve également des « evoboxes » qui montrent que l’évolution est encore en cours : certaines populations se sont adaptées à la vie en altitude, d’autres sont devenues immunes à certaines maladies, d’autres encore développent une intolérance au lactose…

« Une exposition sur notre évolution et notre corps est un événement unique », explique Katelijne. « Les deux parties racontent un récit universel qui parlera à chacun. » Et notamment aux écoles qui attendaient une telle salle. « L’expo est un peu ‘provocatrice’ : il y a pas mal de nudité et les vrais embryons dans le formol peuvent être perturbants, mais je suis contente que nous puissions montrer tout cela. En fin de compte, si l’on vient au musée, c’est pour y voir des choses particulières. »

 

En savoir plus

De Sahelanthropus à l’Homo sapiens et de l’embryon à l’adulte : explorez l’évolution de l’homme et de son corps dans la toute nouvelle salle permanente du Muséum des Sciences naturelles.

 

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