Des utilisateurs de Facebook contribuent à l’étude d’insectes du Cambodge

Pyrops condorinus, un Fulgoridae du Cambodge (Photo : Gerard Chartier)
21/01/2016
Des utilisateurs de Facebook contribuent à l’étude d’insectes du Cambodge
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Reinout Verbeke

Les membres du groupe Facebook « Natural Cambodia » ont aidé des entomologistes à inventorier 17 espèces de fulgoridés du Cambodge. Il s’agit d’insectes tropicaux très colorés, apparentés aux cigales, dont certaines espèces présentent un prolongement de la tête parfois appelé « lanterne ».

En collaboration avec Sophany Phauk (Université royale de Phnom Penh, Cambodge) et Thierry Bourgoin (Muséum national d’Histoire naturelle, Paris), notre collègue Jérôme Constant (Institut royal des Sciences naturelles de Belgique) a étudié la biodiversité de fulgoridés cambodgiens. Chez ces cousins des cigales, la tête de nombreuses espèces se prolonge en une longue « trompe » dont la fonction reste inconnue.

Natural Cambodia

Comme ils le rapportent dans un nouvel article de la revue Belgian Journal of Entomology, les scientifiques ont complété leur travail de terrain et l’étude des collections entomologiques existantes grâce à une méthode de documentation innovante.

Pour rassembler un maximum d’informations, Jérôme Constant a recherché spécifiquement les fulgores sur des blogs, des plateformes de « citizen science » (science participative) et des sites de photos comme Flickr et Picasa. Il a également lancé auprès du groupe Facebook « Natural Cambodia » un appel pour recueillir des photos et de l’information. « Ce type de recherche est peut-être plus rapide à organiser qu’une mission mais prend tout de même beaucoup de temps. » Douze personnes ont répondu à l’appel. Des 17 espèces identifiées, 12 ont pu être répertoriées pour la première fois au Cambodge, dont 4 uniquement par ces « citoyens scientifiques ». Cette action a permis d’enrichir de façon spectaculaire les données sur les fulgoridés du Cambodge, même si le nombre d’espèces ainsi documentées ne représente probablement que le sommet de l’iceberg.

Pas un coup de pub

La science participative, c’est l’implication des amateurs et non-professionnels dans la recherche scientifique. En sciences naturelles,  elle a cours depuis toujours mais bénéficie aujourd’hui d’innovations technologiques telles que les appareils photos digitaux, les gps ou encore les apps et les sites comme observations.be qui facilitent le partage des données.

« Collaborer avec les citoyens n’est pas un geste symbolique ou un coup de pub. Certains de ces ‘amateurs’ sont devenus au fil du temps d’éminents spécialistes. » Jérôme Constant a déjà décrit un grand nombre d’espèces avec leur aide, il a même fait appel l’année dernière à des écoliers pour enrichir de leurs observations la description d’une nouvelle espèce de phasme.

Trop peu de taxonomistes

Comme en témoigne Jérôme Constant, il y a aujourd’hui trop peu de taxonomistes formés pour documenter la biodiversité. « Pour beaucoup de groupes d’animaux, il n’y a pas de spécialiste du tout ! Il devrait aller de soi qu’un taxonomiste en fin de carrière forme un jeune scientifique pour reprendre son travail. Mais ce n’est pas le cas ! Et du coup, nous gaspillons des connaissances, de l’expertise, du temps, de l’énergie et de l’argent. »

C’est également avec l’enthousiasme d’un autre entomologiste « amateur », Joachim Bresseel, que notre collègue est en train d’inventorier tous les phasmes (Phasmatodea) connus à ce jour au Vietnam, un groupe où ils ont encore plus de 120 espèces nouvelles à décrire…

 

Texte: Sarah Muir

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