De bonnes et de mauvaises nouvelles en provenance du Sahara

L'antilope Addax (Photo: Thomas Rabeil/Sahara Conservation Fund)
26/05/2016
De bonnes et de mauvaises nouvelles en provenance du Sahara
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La première phase de la réintroduction de l’Oryx algazelle (Oryx dammah) au Tchad représente un développement très positif pour cette espèce. En même temps, au Niger, l’antilope Addax (Addax nasomaculatus) est proche de l'extinction.

Roseline C. Beudels-Jamar, biologiste de la  conservation à l’IRSNB, spécialiste des programmes de conservation et de restauration de la grande faune, notamment celle du Sahara, et expert scientifique pour la Belgique à la Convention des Nations Unies pour les espèces migratrices, nous rapporte de bonnes nouvelles et de mauvaises nouvelles du plus grand désert du monde, le Sahara.

Le retour de l’Oryx

Après une absence d'un quart de siècle, l’Oryx algazelle est de retour sur le sol tchadien. En effet, 25 oryx algazelles viennent d'arriver au nord du Tchad, dans la Réserve d'Ouadi Rimé Ouadi Achim, en provenance d’Abu Dhabi (UAE).

La guerre civile, qui a ravagé le pays entre 1979 et 1982, et une invasion partielle par les forces armées de la Libye ont eu des conséquences dévastatrices pour l'Oryx algazelle au Tchad, pays où vivait alors la majorité de la population mondiale de l’espèce, estimée à l’époque à 5000 individus. Au Niger, pays voisin du Tchad, l’Oryx algazelle a disparu dans les années 1980 en raison de la sécheresse et de la chasse. Le dernier spécimen sauvage, un mâle adulte, a été tué en 1989.

La situation actuelle nous donne des raisons d’être optimiste, avec le soutien au plus haut niveau de l’État de la part du président du Tchad, renforcé par le soutien des Émirats Arabes Unis et de nos partenaires tels que l'Union européenne et l’organisation African Parks Network (APN), et de penser que les oryx qui viennent de retrouver le sol tchadien ne subiront pas le même sort que leurs prédécesseurs !

L’Addax menacé d’extinction imminente

En 2012, le gouvernement du Niger a créé la réserve naturelle nationale de Termit et Tin Toumma essentiellement pour protéger la dernière population viable au monde de l’Addax, la grande antilope migratrice liée aux grandes dunes de sable du Sahara. La réserve a été créée en grande partie grâce aux efforts déployés par le Sahara Conservation Fund, partenaire de l’IRSNB et de la Convention sur les espèces migratrices (CMS) dans la lutte pour sauver la faune Sahélo-Saharienne. À l’époque où la Réserve a été créée, nous avions toutes les raisons d’être optimistes quant à la survie de l'Addax et de tout le cortège d’espèces vivant dans la réserve. Puis très vite, arrivèrent les perturbations massives causées par l'exploration pétrolière. Trois missions de terrain menées récemment n’ont pu retrouver qu’une petite poignée d'addax (3 individus observés). L'exploration puis l’exploitation pétrolière, menées par la Société nationale Chinoise des pétroles, associées à la chasse illégale menée par les détachements militaires attachés à la sécurité des champs pétroliers, sont sans aucun doute les principales causes de la diminution rapide de la population d'Addax. En outre, l'effondrement de la société et de l’ordre public en Libye ont pour conséquence l’arrivée massive dans la région d’un grand nombre d’armes et de véhicules tout-terrain. Le braconnage de toutes les espèces est en augmentation, les armes abondent et la population locale, avec laquelle le personnel de la réserve a de bonnes relations, est largement impuissante à faire quoi que ce soit, si ce n’est signaler les incidents quand ils en sont témoins.

L’Addax est tout simplement incapable de faire face aux niveaux actuels de dérangement et de braconnage. Sans une action urgente coordonnée à tous les niveaux, nous allons assister, impuissants, à la disparition de cette icône du désert.

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