Le changement climatique favorise l’expansion en Europe du dactylère du Cap

Dactylère du Cap adulte (Xenopus laevis) à Oeiras, Portugal. (Photo : M. Flecks)
15/06/2016
Le changement climatique favorise l’expansion en Europe du dactylère du Cap
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Reinout Verbeke

Suite au changement climatique, Xenopus laevis, le dactylère du Cap, se plaira de plus en plus en Europe. C’est la conclusion d’une recherche internationale, à laquelle participent deux biologistes de notre Institut. Ce crapaud essentiellement aquatique est une espèce invasive, potentiellement porteuse de maladies ayant déjà causé le déclin global de populations d’amphibiens.

Le dactylère du Cap, aux pattes postérieures munies de griffes, vit naturellement dans les marais et lacs de l’Afrique du Sud. Mais étant un organisme modèle de la recherche scientifique, il a fait le tour du monde. Les généticiens ont étudié le développement de ses œufs et embryons, en neutralisant les gênes pour faire apparaître leurs fonctions. Dans les années 1940 et 1950, le dactylère a même été utilisé comme test de grossesse (l’urine d’une femme enceinte provoque des changements dans les ovaires de la femelle).

Ce crapaud populaire a donc été introduit – tantôt délibérément, tantôt par accident – dans la nature et s’est installé ainsi sur les quatre continents. Des chercheurs de notre Institut ont fait des analyses génétiques de populations en pleine expansion en France, au Portugal et en Sicile. Ils ont ainsi pu constater que les dactylères appartiennent à deux populations provenant chacune d’une zone différente de l’Afrique du Sud. Cela implique que les dactylères ont été introduits en Europe en au moins deux phases. Il y a effectivement eu une introduction accidentelle au Portugal en 1979, lors de l’inondation d’un institut de recherche à Oerias (près de Lisbonne). Et en 1996, des spécimens ont été relâchés après la fermeture d’un élevage près de  Bouillé-Saint-Paul (dans l’ouest de France). Heureusement, le crapaud n’a pas encore été signalé en Belgique.

Chez soi dans une Europe plus chaude

Xenopus laevis mange de tout : il dévore des insectes, des écrevisses, des escargots, des charognes et même des grenouilles. Il peut s’établir en populations denses, supplantant souvent la faune indigène. Cette espèce invasive est aussi potentiellement porteuse d’une dermatomycose et de ranavirus qui ne l’affectent pas mais qui, après infection, peuvent décimer d’autres populations d’amphibiens.

Charlotte De Busschere et Thierry Backeljau, des biologistes de notre Institut, ont collaboré à une étude parue récemment dans la revue PLoS ONE, qui prédit la façon dont le dactylère du Cap va se répandre au niveau mondial. Réalisée au moyen de modèles informatiques, elle tient compte des différents scénarios que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) propose pour le réchauffement climatique. La conclusion : les conditions climatiques futures freineront la propagation du crapaud à l’échelle mondiale, mais pas en Europe. Au contraire, elles y favoriseront l’élargissement de son aire de distribution, surtout au Portugal, dans l’est de l’Espagne, dans le Midi de la France et en Italie.

Repérer leur habitat d’origine et pouvoir prévoir leur dispersion future facilite la mise en place de mesures coordonnées, en Europe et ailleurs, contre les espèces invasives.

 

Cette recherche du consortium européen INVAXEN (Invasive biology of Xenopus laevis) a été financée, entre autres, par Belspo.

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