L’Inde était une « Arche de Noé »

Des fouilles à la mine de Tadkeshwar, sur la côte occidentale de l'Inde. (Photo: Annelise Folie, IRSNB)
27/06/2016
L’Inde était une « Arche de Noé »
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Reinout Verbeke

Une équipe internationale de paléontologues et géologues a mis au jour des fossiles de 54 millions d’années sur un nouveau site en Inde. Il s’agit de mammifères, d’oiseaux et de reptiles, dont une nouvelle espèce de serpent géant. Certaines espèces s’apparentent à la faune européenne, d’autres aux animaux plus primitifs du supercontinent Gondwana. Cette combinaison remarquable suggère l’existence de plusieurs ponts terrestres vers l’Inde, quand elle était encore une île et dérivait, telle une « Arche de Noé », vers l'Asie.

Trois de nos paléontologues, Thierry Smith, Annelise Folie et Floréal Solé, et leurs homologues indiens et américains, ont déterré des fossiles de plus de 54 millions d’années, appartenant à plus de trente espèces de vertébrés. Ils ont fait cette découverte sur un nouveau site paléontologique : la mine de Tadkeshwar, sur la côte occidentale de l’Inde. L’équipe de recherche y a trouvé et décrit des amphibiens, mais également des crocodiles, des rongeurs, des mammifères ongulés, des mammifères carnivores et des primates.

La grande majorité des fossiles découverts était également présente dans la mine voisine de Vastan, où les paléontologues fouillent déjà depuis dix ans. Pourtant, Tadkeshwar a livré de grands vertébrés jusqu’alors jamais mis au jour en Inde, parmi lesquels le serpent géant  Platyspondylophis tadkeshwarensis (appartenant à une nouvelle espèce et un nouveau genre), un crocodilien et un pantodonte (un mammifère herbivore disparu).

En route vers l’Inde

Il y a 54 millions d’années (Éocène inférieur), à l’époque des animaux de Tadkeshwar et Vastan, l’Inde était encore une île au milieu de l’océan. Elle s’était séparée de Madagascar et dérivait vers l’Asie actuelle, où elle allait entrer en collision avec la plaque eurasiatique, formant ainsi l’Himalaya.  

L’étude démontre qu’une partie des animaux découverts à Tadkeshwar et Vastan appartenait à des groupes originaires du Gondwana, le supercontinent de l’hémisphère sud qui rassemblait les futures Afrique, Amérique du Sud, Antarctique et Australie. L’autre partie était fortement apparentée à la faune « européenne ». Cela suggère qu’il a eu plusieurs ponts terrestres et corridors de migrations au cours des dizaines de millions d’années où l’Inde dérivait vers l’Asie.

Dans la revue spécialisée Geoscience Frontiers, les chercheurs proposent trois scénarios. Dans le premier, les espèces gondwaniennes – tels que le serpent et le crocodilien découverts – sont passées de l’Afrique vers l’Inde, via Madagascar, quand ces deux dernières masses terrestres étaient encore attachées (jusqu’il y a environ 88 millions d’années). Dans le deuxième, les animaux ont migré vers l’Inde par un pont terrestre qui s’était formé entre cette île et la Corne de l’Afrique de l’Est.

Mais comment s’explique la présence en Inde à l’Éocène inférieur d’espèces « européennes », ancêtres des chevaux, primates ou rongeurs actuels ? Ces groupes auraient peut-être rejoint l’Inde à partir de l’Europe, par des chapelets d’îles dans la Néotéthys, l’océan qui séparait l’Afrique, l’Europe et l’Asie.

Ce serait le troisième scénario. Mais ces animaux auraient aussi bien pu venir en Europe depuis l’Inde, empruntant ce même chemin en sens inverse. De nouvelles fouilles devraient permettre d’en savoir plus à ce sujet…

 

L’étude est financée par la National Geographic Society, la Leakey Foundation et Belspo. L’équipe de recherche était constituée de scientifiques de notre Institut (Thierry Smith, Annelise Folie et Floréal Solé), de l’Université de Gand, de l’Université de Namur, Wadia Institute of Himalayan Geology, Garhwal University, Panjab University et John Hopkins University School of Medicine. Vous trouvez plus d’informations, ainsi que des photos des expéditions sur www.paleurafrica.be

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