Le changement climatique entraîne une perte cachée de biodiversité dans les forêts flamandes
Une étude de 25 ans sur les carabes dans les forêts flamandes révèle que le changement climatique a un impact beaucoup plus important sur la biodiversité qu'on ne le pensait jusqu'à présent. « Nous nous attendions à une réorganisation des communautés d'espèces sous l'effet du réchauffement, mais ce que nous observons en réalité est une perte nette de biodiversité », explique San Yin Leemans, premier auteur de l'étude et chercheur à l'Institut des Sciences naturelles et au Forest & Nature Lab de l'Université de Gand.
Les effets du changement climatique sont de plus en plus visibles. Des espèces autrefois principalement présentes en Europe du Sud, comme l'argiope frelon, le grillon transparent et la grande aigrette, sont aujourd'hui observées de plus en plus fréquemment en Flandre. Ces nouveaux venus spectaculaires peuvent donner l'impression que le changement climatique enrichit la nature. Pourtant, la nouvelle étude brosse un tableau beaucoup moins positif. Derrière la progression de quelques espèces thermophiles se cache un déclin beaucoup plus important des espèces adaptées à des conditions plus fraîches.
Disparition des espèces adaptées au froid
Pour cette étude, 54 sites forestiers ont été échantillonnés selon exactement la même méthode en 1997 et en 2023. La comparaison des communautés de carabes sur une période de 25 ans offre un aperçu unique des effets du changement climatique sur les insectes forestiers. Au cours des dernières décennies, la température moyenne de notre région a progressivement augmenté tandis que l'humidité de l'air a diminué. Les espèces mieux adaptées aux conditions plus chaudes en ont ainsi tiré un avantage relatif.
Dans 83 % des sites étudiés, les chercheurs ont observé un déplacement net vers des espèces thermophiles. Ce phénomène, appelé thermophilisation, explique environ 22 % des changements observés dans la composition des communautés. Cependant, cette évolution est principalement due à la disparition des espèces adaptées au froid plutôt qu'à une augmentation importante de nouvelles espèces thermophiles. « Ce n'est pas que de nouvelles espèces progressent massivement ; ce sont surtout les espèces adaptées au froid qui disparaissent », précise Leemans.
Un déclin exceptionnellement marqué
Le nombre total de carabes capturés a presque été divisé par deux entre 1997 et 2023. Durant la même période, la richesse spécifique totale est passée de 97 à 83 espèces. Les espèces adaptées au froid ont été les plus fortement impactées. « Leurs effectifs ont chuté de près de 70 %, alors que nous n'avons observé pratiquement aucune augmentation chez les espèces thermophiles », déclare Leemans. « Une diminution d'une telle ampleur est exceptionnelle sur une période écologique aussi courte. » Certaines espèces adaptées au froid autrefois communes, comme Patrobus atrorufus et Bembidion mannerheimii, n'ont même plus été retrouvées dans les forêts étudiées.
Fragmentation des forêts
Les chercheurs ont également constaté que la fragmentation des forêts renforce les effets du changement climatique. Les espèces forestières adaptées au froid et ayant une faible capacité de dispersion sont particulièrement vulnérables. Les épisodes de chaleur et de sécheresse extrêmes peuvent entraîner la disparition de populations locales. En raison de l'isolement de nombreuses forêts, ces espèces ne parviennent souvent plus à recoloniser des habitats favorables, même lorsque les conditions s'améliorent. Les conditions exceptionnellement chaudes et sèches observées cet été pourraient encore accentuer ces effets négatifs.
Sans mesures ciblées, de nombreuses espèces adaptées au froid risquent de continuer à disparaître du paysage flamand. Les chercheurs plaident donc pour une meilleure protection des forêts existantes ainsi que pour le renforcement des connexions entre les zones naturelles. « Si nous ne luttons pas simultanément contre le changement climatique et l'érosion de la biodiversité, nous risquons de perdre irrémédiablement des espèces et des habitats », conclut Leemans.
L'étude a été publiée dans la revue scientifique Oikos.
Cette recherche a été menée dans le cadre du projet FOURCAST, financé par la Politique scientifique belge (BELSPO) au titre du programme BRAIN-be 2.0. Il s'agit d'une collaboration entre l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB), l'Institut de recherche sur la nature et les forêts (INBO), le Jardin botanique de Meise, l'Institut royal météorologique de Belgique (IRM) et le Forest & Nature Lab de l'Université de Gand.