Avertissement concernant les risques liés à l'écume de mer

21/05/2026
Écume de mer sur une plage néerlandaise, 11 mai 2026 (© Omroep West)

Le 10 mai 2026, le service d'alerte à l’écume de mer, mis en place par l'Institut des Sciences naturelles en 2020, a signalé un risque élevé de formation d’écume dangereuse le long des côtes belges et néerlandaises. Des alertes ont ensuite été diffusées auprès des municipalités et des clubs de surf, et aucun incident n'a été constaté.

Kelle Moreau

La plupart d'entre nous ont déjà vu de l'écume de mer s'échouer sur nos plages, mais peu savent ce qui la provoque ou les risques qu'elle peut engendrer.

Chaque printemps et début d'été, des algues microscopiques comme Phaeocystis globosa peuvent proliférer de manière explosive en mer du Nord. Lorsque ces algues meurent, des protéines et des substances gélatineuses sont libérées dans l'eau. Le vent et les vagues transforment alors cette matière organique en une épaisse écume de mer, semblable à du blanc d'œuf battu.

En général, cela crée les traînées d'écume familières visibles à la surface de la mer. Mais dans certaines conditions — forte biomasse algale, vagues puissantes et vents de terre — l'écume peut s'accumuler massivement sur les plages.

Ce phénomène n'est pas sans danger. Au printemps 2020, une accumulation extrême d'écume dans les eaux côtières néerlandaises, atteignant par endroits un mètre d'épaisseur, a tragiquement causé la mort par asphyxie de cinq surfeurs.

Depuis, la garde côtière belge, appuyés par les équipes de télédétection, de prévision marine et de surveillance aérienne de l'Institut des Sciences naturelles, surveillent activement les risques liés à la formation d’écume grâce à l'imagerie satellitaire, aux modèles de prévision marine et aux observations aériennes. Un service d'alerte à l’écume a été mis en place pour émettre des avertissements lorsque les conditions deviennent dangereuses. Les côtes néerlandaises, où l'accumulation d’écume peut être encore plus importante, font également l'objet d'une surveillance.

Le 10 mai 2026, les données satellitaires d'Aquascope (financé par Belspo), combinées aux prévisions de vent et de vagues du Centre de prévisions marines (Marine Forecasting Centre), ont indiqué un risque élevé de formation d'écume dangereuse. En conséquence, des alertes ont été diffusées auprès des municipalités et des clubs de surf des côtes belges et néerlandaises. Heureusement, aucun incident n'a été signalé. Les jours suivants, la situation a été étroitement surveillée par l'équipe de surveillance aérienne de l'Institut, grâce à des systèmes d'aéronefs télépilotés (Remotely Piloted Aircraft Systems, RPAS) déployés au-dessus des eaux côtières belges dans le cadre des opérations maritimes polyvalentes (Multipurpose Maritime Operations, MMP) coordonnées par l'Agence européenne pour la sécurité maritime (AESM).

Bien que l'écume de mer soit un phénomène essentiellement naturel, les activités humaines peuvent l'intensifier. L'enrichissement en nutriments (eutrophisation ou surfertilisation) des eaux côtières, souvent lié au ruissellement des engrais agricoles qui se déversent dans la mer par les rivières et les nappes phréatiques, stimule la prolifération d'algues et peut donc accroître la formation d'écume. Des études ont également montré que des substances dangereuses telles que les PFAS peuvent s'accumuler dans l'écume de mer à des concentrations élevées. Mieux vaut prévenir que guérir.

 

DÉTAIL – Une alerte d’écume de mer est générée comme suit :

Première étape du processus d'alerte à la formation d’écume de mer : des cartes de chlorophylle a sont générées à partir des données satellitaires Copernicus Sentinel-3 décrivant la dynamique des efflorescences algales dans la zone continentale belge, comme illustré par la composition sur deux semaines (du 10 au 25 avril 2026) de l'efflorescence et de la série temporelle. Ainsi, les efflorescences de Phaeocystis peuvent être détectées et le moment où les algues commencent à dépérir, entraînant la formation d’écume, peut être estimé (environ deux semaines après l'efflorescence, soit vers le 5 mai 2026).
Deuxième étape du processus d'alerte à la formation d’écume de mer : lorsque les concentrations de chlorophylle commencent à diminuer, des images Sentinel-2 haute résolution (10 m) sont analysées afin de détecter la présence d’écume en surface. Une quantité importante d’écume a été observée le 9 mai près de Zeebrugge (à gauche) et de Scheveningen (à droite).
Troisième étape du processus d'alerte à la formation d’écume de mer : les prévisions marines sont analysées afin de détecter la présence des deux autres facteurs nécessaires à l'accumulation d’écume : des vagues fortes (> 2 m) et des vents de terre (> 6 m/s). C'était le cas le 10 mai, date à laquelle l'alerte a été déclenchée.
Quatrième étape du processus d’alerte à la formation d’écume de mer : vérification de la présence d’écume par l’équipe de surveillance aérienne de l’Institut à l’aide de systèmes d’aéronefs télépilotés (RPAS) déployés au-dessus des eaux côtières belges fournissant des images RGB et infrarouges.