Le « dragon à épines » révèle les secrets cachés de la peau des dinosaures après 125 millions d’années

06/02/2026
Représentation artistique de la nouvelle espèce Haolong dongi épineux. (Image : Fabio Manucci)


Un fossile exceptionnellement bien préservé et découvert en Chine révèle l’apparence réelle - et d’éventuelles stratégies de défense - des dinosaures iguanodontiens.  Haolong dongi  présente une peau préservée au niveau cellulaire et d’étranges épines jamais observées auparavant chez les dinosaures.


Alors que le genre Iguanodon a fêté son 200ième anniversaire en 2025 et reste l’un des dinosaures les mieux documentés au monde, le groupe plus large des Iguanodontia réserve encore des surprises. Dans une nouvelle étude, une équipe internationale décrit Haolong dongi, une nouvelle espèce d’iguanodontien du nord-est de la Chine, dont la peau est si bien fossilisée que sa structure cellulaire est encore visible après 125 millions d’années.

Cette découverte trouve par ailleurs écho plus près de chez nous : Haolong dongi appartient à la même grande famille que les Iguanodons de Bernissart - les vedettes de l'Institut des Sciences naturelles - et offre des indications exceptionnelles de ce à quoi la peau de leurs proches parents pouvait ressembler de leur vivant.
 

Le squelette exceptionnellement bien conservé d'Haolong dongi, le « dragon à épines», au Anhui Geological Museum, Hefei (Chine). (Photo : Thierry Hubin, Institut royal des Sciences naturelles)


Une peau préservée jusqu’au noyau des cellules

Ce jeune dinosaure, surnommé le « dragon à épines », était protégé par de grandes écailles superposées le long de sa queue. Son corps était également couvert d’épines de tailles différentes, des structures jamais vues auparavant chez les dinosaures. Des techniques d’imagerie avancées et des analyses histologiques ont montré que ces épines étaient cornifiées et exceptionnellement conservées jusqu’au niveau des noyaux individuels des kératinocytes. Ces appendices représentent une innovation évolutive unique, encore jamais observée chez les dinosaures.

« Trouver de la peau préservée au niveau cellulaire chez un dinosaure est extraordinaire », explique Pascal Godefroit, auteur principal et paléontologue à l’Institut des Sciences naturelles. « Cela nous ouvre une fenêtre sur la biologie de ces animaux à un niveau que nous n’aurions jamais cru possible. »

Quel rôle attribuer aux épines ?

Les épines permettaient probablement de dissuader les prédateurs, rendant Haolong dongi plus difficile à avaler pour les nombreux petits théropodes qui parcouraient le même écosystème. Elles pourraient aussi avoir joué un rôle dans la thermorégulation ou la perception sensorielle.

« Cette découverte montre que même des groupes bien étudiés comme les dinosaures iguanodontiens peuvent encore nous surprendre », ajoute Huang Jiandong, directeur du département de recherche de l’Anhui Geological Museum et premier auteur de l’article. « La complexité de la peau des dinosaures est bien plus grande que nous l’imaginions. »
 

Structures visibles sur la peau d'Haolong : petites écailles tuberculeuses non chevauchantes le long du cou (C), petites épines le long du cou (D), grandes écailles scutiformes non chevauchantes sur la queue (E), petites écailles tuberculeuses et épines le long du sternum (F), les éléments bleu clair représentent de petites écailles tuberculeuses et de petites épines (G). Photo en gros plan de G, avec de petites épines bien conservées (H). Barre d'échelle : 50 cm (A), 25 cm (B), 1 mm (C,D,F,H), 2 cm (E), 1 cm (G).

Un nouveau nom dans une lignée emblématique

Nommé en l’honneur de feu Dong Zhiming, pionnier de la recherche sur les dinosaures en Chine, Haolong dongi occupe une position basale dans la lignée menant aux hadrosaures, les célèbres dinosaures « à bec de canard ». Ses structures cutanées uniques illustrent la créativité évolutive des dinosaures et soulignent l’importance de poursuivre l’exploration.

« Deux siècles après la description du genre Iguanodon, nous réécrivons encore l’histoire de ces herbivores emblématiques », déclare Wu Wenhao, co-auteur de l’Université de Jilin, qui a le premier observé la présence de ces structures étranges chez Haolong dongi. « Ce fossile nous rappelle que les expériences de la nature laissent souvent derrière elles des traces spectaculaires. »

L'étude est publiée dans la revue scientifique Nature Ecology & Evolution.

 

Coupe transversale des épines au microscope optique. Même les noyaux cellulaires des kératinocytes (cellules productrices de kératine) sont encore visibles.
Barres d'échelle, 50 μm (a–c).

 

Une partie de l'équipe de recherche, avec Pascal Godefroit (t-shirt bleu), auprès du squelette exceptionnellement bien conservé.
(Photo : Thierry Hubin, Institut royal des Sciences naturelles)

 

 

 

 


Co-auteure Ninon Robin (Université de Rennes).

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